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Tunisie: une loi contre le racisme suite à l’agression de trois Congolais

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 05/01/2017 à 09H29

Dans manifestation anti-raciste à Tunis 21 mars 2014
Dans une manifestation anti-raciste à Tunis, le 21 mars 2014. © AFP - Stringer - Anadolu Agency

Le Premier ministre tunisien Youssef Chahed a appelé à l'examen «en urgence» par le Parlement d'un projet de loi pénalisant le racisme. Une déclaration qui intervient à la suite d'une manifestation d'étudiants africains dénonçant de «multiples cas d'agressions». Notamment celle de trois Congolais, qui a eu lieu le 24 décembre 2016 à Tunis.


Deux des personnes concernées par cette agression «ont eu la gorge tranchée et la troisième a été poignardée», a déclaré à l’AFP le président de l'Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie (Aesat), Rachid Ahmad Souleimane. Les victimes sont un homme et deux femmes, selon le site realites.com.tn. Deux jeunes filles «ont été blessées au couteau», a rapporté de son côté l’agence tunisienne TAP. Un compatriote «est intervenu pour les défendre» et «a été blessé, lui, au bras».

L’agresseur «serait un jeune Tunisien rapatrié de France», selon la même source. Il «a été arrêté et placé en garde en vue». Il souffrirait de «troubles psychologiques accentués», affirme son père.

Le lendemain de l’attaque, le 25 décembre, une centaine de personnes ont manifesté à l’appel d’associations d’étudiants africains pour dénoncer la situation subie par de ces étudiants dans le pays.

Dans un premier temps, les autorités ont évoqué un «acte criminel» sans écarter un mobile raciste. Les ministres de la Santé et des droits de l’Homme ont rendu visite aux victimes hospitalisées.

Mais le 26 décembre, le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, a demandé l'examen «en urgence» par le Parlement d'un projet de loi pour pénaliser le racisme. «Il faut une stratégie nationale afin de changer les mentalités (et) une loi qui criminalise la discrimination», a déclaré Youssef Chahed dans un discours prononcé à l'occasion d'une «Journée nationale contre la discrimination raciale». «L'initiative législative présentée il y a presque deux ans au Parlement est une étape vers (...) la poursuite des auteurs de ces crimes (…). Il faut aussi lancer des campagnes de sensibilisation», a-t-il ajouté. Selon certains juristes, le pays ne compte actuellement aucune loi spécifique à la lutte contre les discriminations.

Dans un communiqué, huit ONG tunisiennes ont dénoncé le même jour «une agression raciste sauvage». Tout en appelant les parlementaires à adopter rapidement le projet de loi.

«Des dizaines» d’attaques racistes
Des agressions racistes sont régulièrement rapportées en Tunisie.


A l’automne 2015, à la suite d’une attaque contre un Camerounais, des groupes comme la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, le Syndicat national des journalistes tunisiens ou l’Association tunisienne des femmes démocrates expliquaient dans un communiqué: «Ce n’est pas la première fois qu’une agression raciste contre des étudiants africains est perpétrée dans notre pays. (…). Des dizaines (…) ont (ainsi) été molestés dans plusieurs villes après l’élimination de la Tunisie de la Coupe d’Afrique des nations en février (2016)», selon ce texte cité par l’agence africaine Panapress.

Face à cette situation, l’Association des étudiants et stagiaires camerounais en Tunisie, citée par Panapress, avait alors appelé les jeunes subsahariens à éviter de sortir la nuit et à éviter les attroupements.

Selon l’Association des étudiants et stagiaires africains étrangers en Tunisie, citée par TAP, «on a longtemps porté plainte dans les postes de police contre des cas récurrents de discrimination et de violence subies sans jamais avoir de réponse». «Il y a eu même des cas de décès», affirme-t-elle. 

Selon les sources, il y aurait entre 6000 et 8000 jeunes Africains qui fréquenteraient les universités tunisiennes. Ils seraient aujourd’hui moitié moins qu’avant la révolution de 2011. «Comme si notre sale réputation de vivier du terrorisme ne suffisait pas à nos peines!», se lamente un Tunisien, réagissant à l’article de realites.com.tn… 
Capture écran site realites.com.tn

Capture d'écran du site realites.com.tn © DR


Pour autant, les jeunes Africains ne sont apparemment pas les seuls concernés. Ainsi, en juillet 2016, une vidéo montrant un diplomate sénégalais molesté à l'aéroport de Tunis avait fait le buzz en Tunisie.

Vidéo mise en ligne par un particulier le 2 juillet 2015.