Eclairage

Pays-Bas,  Europe,  Europes

UE-Ukraine: le vote néerlandais fait la joie des eurosceptiques

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 06/04/2016 à 15H31, mis à jour le 07/04/2016 à 14H15

Pays-Bas campagne pour non au référendum
Militants socialistes faisant campagne pour le non au référendum sur l'accord d'association de l'UE avec l'Ukraine à La Haye.  © Bart Maat / ANP / AFP

Décidément, l’Europe a du mal avec les référendums. Les Néerlandais ont majoritairement dit non, lors d'un référendum d’initiative populaire, à l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne. Très suivi au Royaume-Uni, ce vote, certes consultatif, pourrait avoir des conséquences. En 2005, déjà, les Néerlandais avaient voté non lors d’un référendum sur la Constitution européenne.


Le référendum, qui a atteint la barre des 30% de votants nécessaire, n'est que consultatif et si le texte de l'accord concocté par Bruxelles a été massivement rejeté, le gouvernement néerlandais n'est théoriquement pas tenu de bloquer le traité au niveau européen.

«C'est un référendum consultatif, donc la seule chose que la loi requiert est que nous reconsidérions le sujet», avait souligné le ministre des Finances, Jeroen Dijsselbloem, avant le vote. 

Conséquences aux Pays- Bas
Certes, la participation est restée faible (à peine plus de 30% de votants), mais aujourd'hui, face à l'ampleur de la victoire du «non» (plus de 60%), le gouvernement Rutte, très impopulaire, pourrait démissionner et on évoque même la possibilité d'avancer les élections qui étaient prévues pour mars 2017.

Les Néerlandais n'ont sans doute pas voté sur le texte de l’accord d’association lui même... Mais, par ce scrutin, ils ont manifesté leur opposition à leur gouvernement, à une certaine forme d'Europe et leurs craintes sur les questions d'immigration. Quoiqu'il en soit, le résultat est une victoire pour la droite extrême de Geert Wilders, dont la popularité est au plus haut sur fond de crise migratoire en Europe. Le leader, dont le parti est allié avec celui de Marine Le Pen au Parlement européen, y voit en tout cas une défaite de l'Europe («le début de la fin de l'UE», dit il dans son tweet ci-dessous).


Conséquences en Europe
L'image de l'Europe a encore été atteinte par ce vote dans une période difficile pour l'Union. Le traité avec l'Ukraine devra sans doute être rediscuté à la marge. Au niveau politique, les eurosceptiques sortent renforcés de cette consultation dans un des pays historiques de l'Union.

Les Danois avaient déjà montré leurs doutes sur l'Union lors d’un référendum le 3 décembre 2015 en rejetant l’adoption de certaines règles européennes. 

Au Royaume-Uni, le tweet du leader de Ukip, Nigel Farage résume l'effet du vote néerlandais sur le réfendum britannique.


Nigel Farage, chef du mouvement pro-Brexit UKIP, s'était rendu à Amsterdam avant le scrutin : une victoire du non enverrait un «message fort à l'électorat britannique disant que nous ne sommes pas les seuls à penser que l'UE a pris une direction fondamentalement mauvaise», avait-il déclaré. 

Les résultats du vote néerlandais montre «que les préoccupations du public sur la souveraineté et la responsabilité sont partagées au-delà de la Grande-Bretagne», notait la BBC après le scrutin. David Cameron est prévenu avant le vote sur le Brexit du 23 juin.