Un conflit gelé depuis des décennies au Cachemire

Par Catherine Le Brech | Publié le 13/02/2012 à 17H40, mis à jour le 15/11/2012 à 16H02

District cachemiri Baramulla à 75 km Srinagar 11 février 2012. Des villageois manifestent après mort d'un
District cachemiri du Baramulla, à 75 km de Srinagar, le 11 février 2012. Des villageois manifestent après la mort d'un homme tué devant chez lui par l'armée indienne. © AFP PHOTO/Rouf BHAT

Sous la tutelle de la couronne britannique avant la décolonisation, le Cachemire, plusieurs fois autonome au cours de son histoire, fut rattaché à l'Inde en 1947. La source d'un premier conflit armé avec le Pakistan. Pris en tenaille entre ces deux pays, qui en revendiquent le contrôle, et la Chine, cette région vit aujourd'hui au rythme des tensions entre ces trois puissances nucléaires.

Un vrai casse-tête géographique: ses 10 millions d’habitants se répartissent surtout entre le Jammu-et-Cachemire (partie indienne) et l’Azad-Cachemire (partie pakistanaise). Une troisième partie, chinoise, l’Aksai Chin est quasi désertique et inhabitée. Au Cachemire indien, la population est musulmane à 90% avec des minorités hindoues, bouddhistes, sikhes et chrétiennes. Côté pakistanais, elle est musulmane.

Depuis leur indépendance en 1947, l'Inde multiculturelle et laïque revendique l’Azad-Cachemire et le Pakistan centralisé et musulman le Jammu-et-Cachemire. Deux guerres indo-pakistanaises pour le contrôle de la région himalayenne ont eu lieu en 1947 et en 1965. L’escalade militaire a atteint un pic au milieu des années 80 avec le déploiement d’armes nucléaires en Inde et au Pakistan.

L’Inde fait également face au Front de libération du Jammu-et-Cachemire depuis 1989. Selon New Delhi, l'organisation séparatiste islamiste est soutenue et financée par Islamabad, et mène une guerre d'usure pour l’indépendance de la région avec des jihadistes afghans, tchétchènes ou tadjikes. Les violences ont fait plus de 47.000 morts en 23 ans, annoncent les chiffres officiels. Le double, avancent les associations de défense des droits de l'Homme.


Pékin-New Delhi: méfiance et défiance
L’Inde a eu également maille à partir avec Pékin qui, en octobre 1962, l’a attaquée pour s’approprier l’Aksai Chin, partie du Ladakh indien qui prolonge le plateau tibétain et assure la communication entre le Xinjiang et l'ouest du Tibet. 3 000 Indiens et 900 Chinois, essentiellement militaires, ont laissé la vie dans le conflit.

Une ligne de démarcation a réglé partiellement le problème entre les deux pays, dégonflant la possibilité de réelles hostilités. En avril 2005, ils ont signé un accord de principe, mais les Chinois ont multiplié depuis lors les violations de frontière, selon les Indiens. En réponse aux incursions et à la multiplication des troupes chinoises le long de la ligne de démarcation en 2011, l'armée indienne a prévu de recruter 100 000 soldats sur cinq ans pour les y déployer. 500.000 soldats indiens stationnent au Jammu-et-Cachemire.


Inde-Pakistan: quelques avancées
L’amorce d’un processus de paix en 2004 entre l’Inde et le Pakistan a fait baisser les violences. Un temps interrompu après les attentats sanglants de Bombay en 2008 (166 morts), attribués au groupe extrémiste pakistanais le Lashkar-e-Taïba, le dialogue a repris timidement entre les parties. Les négociations ont également été suspendues quelques jours après un triple attentat qui a fait 24 morts à Bombay, imputé par l'Inde aux Moudjahidines indiens, le 13 juillet 2011. Islamabad a condamné les attentats.

Selon les associations des droits de l’Homme, les forces de sécurité indiennes - membres de l'armée, paramilitaires, police - ont "fait disparaître" 8.000 personnes depuis le début de l'insurrection armée en 1989. Amnesty International et Human Rights Watch les accusent de viols, tortures et exécutions extrajudiciaires. Le 27 septembre 2011, le chef du gouvernement du Cachemire indien à Srinagar a annoncé des tests ADN pour identifier les milliers de corps enterrés dans des tombes anonymes.

Et, le 24 janvier 2012, quelque 700 rebelles séparatistes ont déposé les armes dans le nord-est de l’Inde, à Guwahati. Pour le gouvernement indien, une avancée vers le rétablissement de la paix.