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Un maire alerte sur la disparition inexpliquée de jeunes filles au nord du Mali

Par Par Michel Lachkar, envoyé spécial à Johannesburg@GeopolisAfrique | Publié le 02/12/2015 à 14H08, mis à jour le 04/12/2015 à 09H19

Ali Inogo Dolo à gauche maire commune Sangha au Mali
Ali Inogo Dolo (à gauche), maire de la commune de Sangha au centre du Mali, présent au sommet Africités.
© photo Michel lachkar

Les maires réunis pour le sommet Africités sont les témoins directs des réalités de leur pays. Un maire du Burundi a évoqué, la peur au ventre, les centaines de morts dans les rangs de l’opposition. Un Tchadien a rappelé la présence de milliers de réfugiés centrafricains dans sa ville. Le maire de Sangha, au Mali, alerte l'opinion sur la disparition inexpliquée de jeunes filles dans sa région.

De notre envoyé spécial à Johannesburg

Ali Inogo Dolo, vous êtes le maire de Sangha, situé en plein pays Dogon. Quel est l’impact de la crise malienne sur votre région?
On avait près de 100.000 touristes chaque année au pays Dogon. Aujourd’hui, le tourisme est totalement sinistré en raison des attaques djihadistes. Cela semblait se calmer mais depuis l’attaque de l’hôtel Radisson à Bamako, on a perdu l’espoir de voir les touristes revenir. Beaucoup de jeunes sont partis vers Bamako, Abidjan ou vers l’Europe.

Il y a des jeunes bergers peuls désespérés qui ont perdu leur troupeaux, qui suivent les djihadistes contre une moto et un peu d'argent. Ils sont endoctrinés, drogués et envoyés mourir dans des attentats. Malheureusement, ils ne manquent pas de candidats, un homme qui a faim est prêt à se vendre au premier djihadiste qui passe.
 
Qui sont, selon vous, les auteurs de ces attaques terroristes?
Ce sont des égarés de l’islam, mais il y a surtout des bandits qui profitent du chaos pour poursuivre leurs trafics de cigarettes, de drogues, d’armes, et plus grave encore des trafics humains. Régulièrement, nous avons des jeunes filles qui disparaissent. Elles  partent pour trouver du travail dans les villes du Nord (Mopti ou Kidal,) mais elles sont kidnappées, vendues et envoyées on ne sait où. Ce ne sont pas seulement des réseaux de prostitution. Les familles n’ont plus aucune nouvelles, elles ne savent pas si leur enfant est vivant ou mort. Des familles partent à leur recherche mais sans résultats.
 
Que pensez-vous de l’accord de paix, signé avec les séparatistes du MNLA?
Ce n’est pas le premier accord de paix, signé avec les rebelles touaregs. Les précédents n’ont jamais marché. Les razzias dans le Nord ont toujours existé, les touaregs qui vivent sur plusieurs pays ne veulent pas être sédentarisés. C’est un problème culturel qui a toujours eu lieu. Ils signent un accord aujourd’hui, mais ces gens peuvent changer de camp à tout moment. N’oublions pas que ce sont ces mêmes rebelles du MNLA qui ont aidé les djihadistes à prendre le nord du Mali. Le problème, c’est qu’ils sont surarmés depuis la chute de Kadhafi qui, quoi qu’on en dise, tenait son pays. Mes collègues, les maires du Mali, du Niger et du Tchad sont tous inquiets. Si la Libye n’est pas stabilisée, tout le Sahel sera dans la tourmente.

Quel est le pouvoir des maires aujourd’hui au Mali. Comment voyez-vous la démocratie locale? 
Nous avons aujourd’hui plus de pouvoir local sur le papier, mais pas encore les compétences et les financements. Nous avons la tête sans les bras. Je pense que l’Afrique doit trouver sa propre voie vers la démocratie. Chaque région doit avoir son autonomie, sa propre vision. Les Dogons ne réagissent pas de la même façon que les Bambaras. Chacun doit pouvoir décider en fonction de sa culture et de sa tradition. La démocratie locale a toujours existé chez les Dogons. Il y avait une assemblée villageoise qui rendait la justice, décidait des lois et réglait collégialement les problèmes de l’eau et les litiges. En cas de crime, la personne était chassée du pays dogon, il perdait son nom de famille et n’avait plus le droit de revenir, ni lui, ni ses descendants. Nous avions aboli la peine de mort bien avant les Blancs.