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Bosnie-Herzégovine,  Europe

Un maire serbe à Srebrenica, tout un symbole, 21 ans après le massacre

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 18/10/2016 à 16H14

Célébration 21e anniversaire massacre Srebrenica 11 juillet 2016
Bakir Izetbegovic, membre bosniaque de la présidence tripartite de Bosnie-Herzégovine, prie lors de la célébration du 21e anniversaire du massacre de Srebrenica, au cimetière de Potocari, en Bosnie-Herzégovine le 11 juillet 2016. © Samir Yordamovic / ANADOLU AGENCY

Un Serbe de Bosnie a officiellement été déclaré le 17 octobre 2016 vainqueur de la municipale de Srebrenica, ville-martyre de la guerre en Bosnie. 21 ans donc après le génocide de juillet 1995 qui avait vu les nationalistes serbes massacrer quelque 8.000 hommes musulmans. Tout un symbole pour cette ville qui symbolisa la violence de dislocation de l'ex-Yougoslavie.


Cette victoire électorale, contestée par le candidat «musulman», montre que la situation en Bosnie-Herzgovine n’est toujours pas normalisée, plus de 20 ans après la guerre et les accords de Dayton. Ce sont ces accords, négociés en novembre 1995, aux Etats-Unis qui ont pratiquement mis fin à la guerre qui a ravagé pendant trois ans la Bosnie-Herzégovine, ancienne République de la fédération yougoslave.

Sur le terrain, ils ont concrétisé les divisions entre les communautés de Bosnie-Herzegovine, avec la création de deux entités, celle de Bosnie-Herzégovine d’un côté (musulmans et Croates) et de la République serbe de l’autre.

«Ici, c'est la Serbie»
C'est avant la partition du pays qu'avait eu lieu un des épisodes les plus sanglants de cette guerre avec la prise de la ville de Srebrenica par les milices nationalistes serbes, mollement défendue par l'ONU. Lors de la prise de cette ville, quelque 8.000 musulmans ont été assassinés. 

Les Musulmans s'étaient inquiétés des conséquences d'une victoire du Serbe Mladen Grujicic lors de cette éléction municipale, lui reprochant notamment de ne pas qualifier ce massacre d'acte de génocide et d'avoir reçu le soutien de l'ultranationaliste serbe Vojislav Seselj. Bien qu'acquitté par la justice internationale, ce responsable d'extrême droite, dont le portrait était placardé sur les affiches de son parti à Srebrenica durant la campagne, est considéré par les Bosniaques comme un chantre de l'épuration ethnique.

«Ici, c’est la Serbie!», tel est le slogan lancé par quelques dizaines de militants qui ont bruyamment fêté la victoire de Mladen Grujicic, rapporte d'ailleurs le correspondant de Ouest-France sur place.

Depuis les accords de Dayton, la ville est située dans la partie serbe (la République serbe) de la Bosnie-Herzegovine, loin de la partie croato-musulmane. Et sa population dite musulmane (nom donné à l’époque de la Yougoslavie aux habitants non serbes ou croates de Bosnie) a tendance à reculer. Le nombre de Serbes et de musulmans a eu tendance à s’équilibrer. La «Bosnie devient toujours plus homogène ethniquement, constate le politologue Adnan Huskic, cité par Le Monde. Même les partis bosniaques ne s’intéressent d’ailleurs plus aux leurs dans les zones où ils sont minoritaires.»

Plus généralement, la population de la ville est en constant recul (elle compte moins de 10.000 habitants contre une trentaine de milliers en 1991), traduisant les difficultés à vivre dans ces régions où le tissu économique n'a pas résisté à la fin de la Yougoslavie. «Srebrenica est une ville de morts, c’était déjà très difficile de faire revivre cette ville, cela va être encore plus compliqué maintenant», se désole Hatidza Mehmedovic, qui dirige l’une des principales associations des Mères de Srebrenica.