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Société,  Burkina Faso

Un moustique génétiquement modifié pour lutter contre la malaria au Burkina-Faso

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 04/06/2018 à 17H09

Moustique Aedes aegypti vecteur virus Zika
Un moustique Aedes aegypti, vecteur du virus Zika, posé sur l'avant-bras d'un technicien du ministère de la Santé au Guatémala, le 28 janvier 2016. © REUTERS - Josue Decavele

Mille personnes ont manifesté dans les rues de Ouagadougou pour dénoncer les travaux en cours sur des organismes génétiquement modifiés. Ils s’opposent notamment au projet Target Malaria. Pour lutter contre le paludisme, il s’agit d’introduire dans la nature un moustique génétiquement modifié, incapable de se reproduire. Le Burkina-Faso a été retenu comme zone de test.


La malaria a tué 430.000 personnes dans le monde en 2015, dont 90% dans les régions sub-sahariennes. Et pourtant, on peut prévenir et traiter la maladie. Une mortalité élevée qui touche surtout les enfants. 70 % des victimes ont moins de 5 ans.

Les médicaments, l’usage de moustiquaires, les insecticides ont permis de réduire l’impact de la maladie mais cette panoplie atteint ses limites. Le coût des médicaments, la résistance des moustiques aux insecticides, l’usage uniquement limité à la nuit pour les moustiquaires imposent de trouver une nouvelle forme de lutte.
 
L’espoir repose dans la génétique. Un seul type de moustique sur 3500 recensés dans le monde est concerné. La cible est l’anophèle, vecteur de la malaria. Le principe de lutte est simple. Réduire le nombre de femelles réduira la population, et donc le nombre de personnes infectées. Et comme seule la femelle pique, l’effet est double. En laboratoire, les recherches ont permis d’atteindre, neuf fois sur dix, une descendance exclusivement mâle.

But ultime de la recherche: produire des moustiques de la malaria génétiquement modifiés pour ne plus transporter la maladie. Le moustique transmettra cette modification à sa descendance, assurant tout seul le travail de dispersion. Cela permet d’en réduire les coûts et de gagner du temps. En huit générations (soit seulement huit mois), un mâle modifié fait disparaitre 95% de la population sauvage qui lui est associée.

 
Les perspectives sont prometteuses, mais il faut les tester in vivo. Trois pays ont été retenus : le Burkina-Faso, le Mali et l’Ouganda. Les centres de recherche de chaque pays participent activement à la mise au point de la méthodologie. Quant aux soutiens financiers, ils proviennent à la fois d’institutions comme l’Union européenne, et de fondations comme la Bill et Melinda Gates foundation.  
 
Au Burkina-Faso, la proximité de la phase pratique éveille l’inquiétude. Le 25 mai 2018, les journalistes ont été conviés à un point presse à l’Institut de recherche des sciences de la santé de Bobo-Dioulasso. L’occasion de rappeler la rigueur du projet.

Pourtant, un collectif citoyen évoque l’imminence d’un lâché dans la nature d’insectes génétiquement modifiés. Blandine Sankara, la coordinatrice de la manifestation du 2 juin, s’inquiète des conséquences. «Quels peuvent être les impacts de tout cela ? Est-ce qu’il n’y a pas d’autres solutions endogènes par rapport à la lutte contre le palu, plutôt que de sauter dans le vide ?» s’interroge-t-elle au micro de RFI.


«Est-ce qu’en modifiant leurs génomes, ils ne pourront pas désormais héberger des maladies telles que le sida, Ebola, l’hépatite et bien d’autres ?» ajoute Ali Tapsoba le porte-parole du collectif.

Le docteur Diabaté qui dirige l’équipe de recherche au Burkina-Faso se veut rassurant. «Nous allons prendre le temps nécessaire de recueillir toutes les informations, et être sûrs que tous les risques en rapport avec cette technologie sont maîtrisés avant le produit final», assure-t-il.