Eclairage

Europe,  Europes

Une gauche européenne à réinventer

Par Bernard Weyl@GeopolisAfrique | Publié le 26/09/2016 à 14H51, mis à jour le 26/09/2016 à 16H50

La grande coalition Juncker PPECommission Schulz SD Parlement
Les deux grandes figures politiques de la «grande coalition»: Jean-Claude Juncker (PPE,Commission) et Martin Schulz (S&D, Parlement). D'accord sur tout ? © AFP PHOTO / FREDERICK FLORIN

Une Europe en pleine crise : sans boussole, sonnée de coups par l’avancée de l’extrême-droite, le repli sur soi et le Brexit. Une Europe sans autre idéologie que celle du profit, où les scandales à répétition autour de la Commission (affaires Barroso et Kroes) salissent durablement des institutions. Autant dire qu’il y a du travail pour qui veut reconstruire le projet européen.


Et ça bouge, à la gauche du Parlement européen. Tout du moins à la frontière entre le groupe S&D et les deux formations plus à sa gauche, les Verts ALE et la GUE, la gauche unitaire européenne.

Début septembre, des eurodéputés des trois formations se sont retrouvés à Bruxelles pour plancher sur les traités transatlantiques: «CETA, TTIP, les deux revers d’une même médaille?» Un sujet qui fâche un peu partout en Europe, car il pose de véritables enjeux politiques que l’on a eu tendance, ces dernières années, à cacher sous le tapis. 

Que ce soit sur cette question, mais aussi sur la crise des réfugiés ou les politiques d’austérité, le groupe S&D est traversé aujourd’hui par une importante remise en cause de son positionnement.
De facto, depuis le début de la mandature, S&D et PPE contrôlent le Parlement européen via une «grande coalition» un peu similaire à celle qui unit, à Berlin, le SPD et la CDU.

Sur 751 eurodéputés, le PPE arrive en tête avec 215 membres. Les socio-démocrates suivent avec 189: mathématiquement parlant, il n’y a pas photo. A eux deux, ces groupes peuvent se partager les postes les plus importants. Une coalition facilitée par les dossiers économiques: depuis plusieurs années, les clivages profonds se font rarissimes entre les deux formations.
 
D’où une question toute simple: à force d’être d’accord sur – presque – tout, qu’est ce qui distingue véritablement au Parlement européen les socialistes de la droite? Question que vous pouvez poser aussi aux socialistes français, allemands, espagnols…

Emmanuel Maurel, eurodéputé socialiste français fait partie de cette aile gauche du groupe S&D qui a décidé de se repositionner politiquement. Frondeur, il anime depuis plusieurs années le mouvement Maintenant la Gauche. Selon lui, les socialistes partagent plus de valeurs avec les Verts ou avec Syriza, c’est dans cette direction qu’il faut se lancer.
 

 
Revenir aux fondamentaux avec une vraie ligne idéologique entre conservateurs et progressistes, pour éviter aussi un désastre à la grecque. Le Pasok, qui a dominé la vie politique grecque depuis les années 80 – avec quelques cures d’opposition –, comptait 160 députés en 2009. 16 aujourd’hui. Les sondages le donneraient actuellement à moins de 5% des voix.

L’analyse de Stelios Kouloglou, eurodéputé grec de la GUE (Syriza) qui estime que l’Europe a besoin d’une nouvelle politique. Les populations sont écœurées des politiques économiques et sociales et se tournent vers l’extrême-droite car les socio-démocrates ont failli.
 

 
 
Gianni Pitella, le chef du groupe S&D, ne serait pas fermé à l’idée lancée par Emmanuel Maurel. Mais il doit aussi gérer un groupe composite (les 28 Etats membres sont représentés dans le groupe S&D). Bon nombre de députés sont hostiles à certaines idées «gauchistes». L’idée d’une alliance avec Syriza en hérisse plus d’un, surtout dans les pays d’Europe de l’Est. Raisons historiques et aussi géopolitiques: les bonnes relations entre Moscou et Syriza font bondir certains socialistes des pays de l’Est.

Et puis d’autres socialistes restent alignés sur la position de «grande coalition» en se plaçant derrière Martin Schulz, l’inamovible président du Parlement. En 2014, suite à un accord avec les libéraux et le PPE il avait été réélu pour un mandat de deux ans et demi. D’ici décembre, les grands groupes se replongent dans leur cuisine interne pour désigner son successeur. Les socialistes qui défendent la «grande coalition» plaident pour un statu quo, car l’élection d’un président PPE au Parlement donnerait tous les pouvoirs au grand parti de droite européen. D’où l’idée d’un nouvel accord S&D/PPE?
Et là, on replongerait en plein dans la soupe politique … celle dont se régale l’extrême-droite.