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Une molécule oubliée pourrait éradiquer la maladie du sommeil

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 02/02/2018 à 17H35

Ponction lombaire nécessaire dans traitement contre maladie sommeil
Ponction lombaire, nécessaire dans le traitement contre la maladie du sommeil. © HO / SANOFI / AFP

Un nouveau médicament contre la maladie du sommeil, oral et bon marché, attends une autorisation du bureau de l’Agence européenne des médicaments. La molécule, le féxinidazole, soulève quelques espoirs pour combattre cette terrible maladie mortelle. Bien qu'en régression depuis 2009, on compte encore 7000 nouveaux cas par an, un chiffre sans doute sous-estimé affirme les experts.


La trypanosomiase humaine Africaine (THA), plus connue sous le nom de maladie du sommeil, est transmise par la mouche tsé-tsé, elle-même infectée par le sang d’animaux porteurs de parasites pathogènes.

Durant la première phase de la maladie, de multiples symptômes rendent le diagnostic difficile: fièvre, maux de tête, fatigue, inflammation des ganglions lymphatiques... Si la maladie n’est pas traitée, les parasites en viennent à envahir le système nerveux central. Durant cette seconde phase, des troubles du sommeil apparaissent: le cycle du sommeil est perturbé, ce qui entraîne des accès de fatigue le jour et des insomnies la nuit. Cette détérioration du système nerveux est toujours fatale en absence de traitement.

Au cours des dix dernières années, plus de 70% des cas notifiés ont été observés en République Démocratique du Congo (RDC). La République centrafricaine a signalé entre 100 et 200 nouveaux cas en 2015.

Des pays comme l’Angola, le Burkina Faso, le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée équatoriale, le Malawi, le Nigeria, l’Ouganda, la Tanzanie, le Soudan du Sud, le Tchad, la Zambie et le Zimbabwe notifient moins de 100 nouveaux cas par an. Les autres pays sub-sahariens n’ont plus notifié de nouveaux cas depuis au moins 10 ans.
 
De la campagne vers les villes
Du fait de la baisse des précipitations, la limite Nord des mouches tsé-tsé s’est déplacée, en 100 ans, jusqu’à 200 km vers le Sud, plus humide. Résultat: la maladie a disparu de la savane et est apparue en zones de forêt et de mangrove, plus au Sud.

Par ailleurs, les femmes étant moins contraintes de se rendre à la rivière pour s’approvisionner en eau, les contacts avec les mouches ont été réduits, expliquant en partie le recul de la maladie.

Certaines de ces mouches se sont acclimatées aux villes africaines. C’est le cas des mouches palpalis, particulièrement dangereuses. Ces dernières vivent aujourd’hui en grand nombre dans des capitales comme Kinshasa, Abidjan ou encore Dakar.

Molécule oubliée
L’espoir vient d’une molécule quelque peu oubliée, le féxinidazole. L’étude, qui a porté de 2012 à 2016 sur près de 400 patients africains, montre que plus de 91% des malades traités à un stade avancé de la maladie étaient guéris 18 mois plus tard.

Peu toxique et peu cher, le féxinidazole permet d’éliminer le parasite. Un comprimé pendant dix jours est désormais suffisant pour guérir de la maladie du sommeil, conclut une étude clinique publiée dans la revue médicale The Lancet. «Ce nouveau médicament, va révolutionner le traitement de la maladie. Il est oral, très peu toxique et très bon marché», affirmait en décembre 2017 Marc Gastellu d’Epicentre, un organisme d’épidémiologie associé à Médecin sans Frontières (MSF).

«Son utilisation beaucoup plus facile sur le terrain et sa bonne tolérance vont permettre de traiter rapidement toute personne infectée, voire son entourage pour briser rapidement la chaîne de transmission de la maladie», précise Marc Gastellu.

S’il est autorisé par l’Agence européenne, ce nouveau médicament exclusivement oral pourrait permettre de traiter toutes les phases de la maladie du sommeil. «Il aurait l’avantage d’éviter les hospitalisations systématiques et des ponctions lombaires», précise le groupe Sanofi qui développe de ce nouveau médicament.

Ce nouveau traitement «pourrait représenter une avancée majeure» pour les patients et «potentiellement contribuer à l'éradication de la maladie prévue dans la feuille de route à l'horizon 2020 de l'OMS», affirme Ameet Nathwani, directeur médical du groupe.