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Union Africaine: réformes, élections et sécurité, enjeux du sommet d’Addis-Abeba

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 27/01/2018 à 16H36

Paul Kagamé Donald Trump
Le président américain, Donald Trump, rencontre le président rwandais, Paul Kagamé, au Forum économique de Davos, le 26 janvier 2018, et le charge de transmettre «ses sentiments chaleureux» aux dirigeants africains, lors du sommet de l'UA à Addis-Abeba.    © Nicholas Kamm/AFP

C’est au président rwandais Paul Kagamé, qui s’apprête à prendre la tête de l’Union Africaine au sommet d’Addis-Abeba, qu’incombe la tâche de mettre en œuvre des réformes «vitales» pour l’institution panafricaine. Un travail d’Hercule aux côtés d’autres priorités, identifiées par l’International Crisis Group, dont les élections dans plusieurs pays dans un contexte de dangereuse poussée djihadiste.


Sur fond de développement d'un «djihadisme transnational» et de réseaux criminels sur le continent, l’ONG International Crisis Group a identifié sept priorités pour 2018, sur lesquelles les pays de l’Union Africaine (UA) vont devoir plancher lors de leur 30e sommet, les 28 et 29 janvier à Addis-Abeba.
 
L'autosuffisance financière une priorité «vitale» pour l'UA
C’est au Rwandais Paul Kagamé, qui prend à cette occasion la présidence tournante de l’UA des mains du Guinéen Alpha Condé, qu’échoit désormais la mise en œuvre de la première de ces priorités, les réformes institutionnelles et financières jugées «vitales» pour l’organisation panafricaine.
 
Ce programme, qu’il a lui-même lancé et qui avait été validé par ses homologues lors du sommet de janvier 2017, vise à «concentrer les travaux de l’organisation sur quatre domaines spécifiques: la paix et la sécurité, les affaires politiques, la création d’une zone de libre-échange continentale et la représentation de l’UA dans les affaires mondiales».
 
«L’autosuffisance financière fait partie intégrante de ce processus visant à rendre l’organisation plus efficace», indique le rapport de Crisis Group. Et pour cela, Paul Kagamé va devoir s’atteler à obtenir des ressources supplémentaires s’il veut parvenir à l’objectif d’un autofinancement à 75% d’ici 2020.
 
Pour l’ONG à but non lucratif et connue pour œuvrer à la prévention et la résolution des conflits armés, les autres priorités concernent les questions politiques, diplomatiques et militaires dans un contexte d’aggravation des conflits traditionnels.
 
Outre l’objectif stratégique de «limiter les perturbations liées aux frictions entre le Maroc et la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD)», l’UA doit être vigilante sur les pays à «transitions contestées».

Accompagner des processus électoraux générateurs de crises et de violence
Elle doit aider la République démocratique du Congo (RDC) à préparer ses élections. Elle doit également «déployer des équipes d’observation bien avant la tenue d’élections cruciales» dans 17 pays du continent pour la seule année 2018.
 
Soulignant que les processus électoraux «sont souvent des déclencheurs de crises politiques et de violence», le rapport attire l’attention sur trois pays en particulier: le Cameroun, le Mali et le Zimbabwe.
 
Concernant les «crises majeures» en cours, le rapport invite à «la mise en œuvre d’une nouvelle feuille de route en République centrafricaine», où les violences ont fait de nombreuses victimes et entraîné des déplacements massifs de population en 2017.
 
Même souci pour la Somalie où, selon le rapport, il s’agit d’«éviter un retrait précipité» d’un pays qui a connu en octobre 2017 l’attaque terroriste la plus sanglante de son histoire. L’Explosion de deux camions piégés qui a fait plus de 500 morts à Mogadiscio.
 
Enfin, septième et dernière priorité: «contribuer à la reformulation de la stratégie de stabilisation du Soudan du Sud». Un pays où, malgré la baisse d’intensité des combats depuis 2014, «la pauvreté, la violence et les déplacements font encore partie du quotidien», selon Crisis Group.

Trump confie à Kagamé «ses sentiments chaleureux» aux dirigeants africains 
En pleine tension diplomatique avec les Etats-Unis, après les déclarations du président américain le 12 janvier 2018, qualifiant les pays africains de «pays de merde», Paul Kagamé est nanti d’une mission supplémentaire au sommet d’Addis-Abeba.
 
Il a rencontré Donald Trump au Forum économique mondial de Davos, qui l’a chargé de transmettre «ses sentiments chaleureux» aux dirigeants africains. Pas sûr toutefois que cela suffise à calmer les esprits.
 
En prélude au sommet, le président de la commission de l’UA, Moussa Faki, a déclaré le 25 janvier que «l'Afrique n'a pas fini de digérer les déclarations du président des Etats-Unis, qui ont profondément choqué par les messages de mépris, de haine, de désir de marginalisation et d'exclusion de l'Afrique qu'elles ont véhiculées».