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Vatican: premier procès pour pédophilie dans la petite cité Etat

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 19/06/2015 à 09H28, mis à jour le 19/06/2015 à 23H46

Józef Wesolowski
L'ancien nonce apostolique à Saint-Domingue, Józef Wesolowski, avait été relevé de ses fonctions et rappelé à Rome en août 2008. © ERIKA SANTELICES / AFP

Le pape François a donné son accord pour que le Polonais Józef Wesolowski, accusé d'avoir eu des relations sexuelles avec des mineurs à Saint-Domingue, soit jugé à partir du 11 juillet 2015 par la justice du Vatican. Une première dans l'histoire de l'Eglise, au moment où le pape argentin prône la «tolérance zéro» pour les ecclésiastiques impliqués dans des affaires de pédophilie.

Selon le Vatican, le pape François voulait qu'un cas «aussi grave soit traité avec la rigueur juste et nécessaire». L’ancien nonce apostolique (ambassadeur), Józef Wesolowski, va donc comparaître pour abus sexuels sur mineurs et détention de matériel pédo-pornographique à son domicile romain. 

«Le tribunal pourra s’appuyer sur des expertises des ordinateurs du prévenu, mais aussi sur d’éventuelles formes de coopération judiciaire internationale, destinées à évaluer les témoignages probatoires fournis par la justice dominicaine», a précisé le Vatican. 

L'ancien archevêque qui conteste ces accusations encourt jusqu'à douze ans de prison, ont indiqué des sources au Vatican au moment de son arrestation par la gendarmerie vaticane en septembre 2014. En poste à Saint-Domingue du 24 janvier 2008 au 21 août 2013, ​l’ecclésiastique avait été relevé de ses fonctions et rappelé à Rome. 

Nouvelle instance judiciaire
S’il était condamné, Józef Wesolowski, 66 ans, purgerait probablement sa peine en Italie, mais hors du Vatican qui dispose de peu de cellules à côté de son palais de justice. Son extradition vers la République dominicaine ou la Pologne pourrait être également envisagée, selon des sources au Vatican. Déjà condamné par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF, ex-Saint-Office) après un procès canonique, l'ancien prélat avait été réduit à l'état laïc en juin 2014.

Le Vatican a annoncé, le 10 juin 2015, la création d'une nouvelle instance judiciaire pour juger, en vertu du droit canon, les évêques coupables de négligence ou de complicité avec des prêtres sous leur autorité coupables d'abus sexuels. Cette nouvelle section ne jugera pas ces prélats au pénal, contrairement à ce nonce, directement accusé de délits pédophiles.

Cinq jours plus tard, le pape François acceptait la démission de deux évêques américains. L'archevêque de Saint Paul et Minneapolis, Mgr John Clayton Nienstedt, et son adjoint, Mgr Lee Anthony Piché, sont accusés d'avoir protégé des prêtres pédophiles. Leur démission était réclamée par des associations de victimes aux Etats-Unis.

Ces mesures anti-pédophilie illustrent la ligne plus sévère du Vatican pour faire face à ce fléau qui a discrédité l'Eglise, même si les associations d'anciennes victimes, comme le puissant réseau américain SNAP, reprochent au Vatican d'avoir longtemps protégé une hiérarchie complice.

Le Vatican durcit sa législation pénale

L'affaire Marciel, du nom de l'ancien fondateur de la Congrégation des Légionnaires du Christ, avait jeté un trouble sur le pontificat de Jean Paul II. Marcial Maciel, décédé en 2008, avait été longtemps couvert par le Vatican en dépit de nombreuses plaintes déposées contre lui pendant des décennies pour abus sur mineurs et corruption. C'est seulement Benoît XVI qui, peu après son élection, avait fini par sanctionner ce prêtre mexicain.
 
Plusieurs étapes ont jalonné la lutte anti-pédophilie de l'Eglise: en 2011, le Vatican a demandé à toutes les conférences épiscopales de collaborer avec les justices civiles et d'élaborer des normes contre les prêtres coupables ou soupçonnés; en 2013, le Saint-Siège a durci sa législation pénale, mettant fin à l'impunité de ses prélats; en 2014, une commission pontificale pour la protection des mineurs a été créee, composée de 17 experts dont d'anciennes victimes.

Jozef Wesolowski avait été ordonné prêtre en 1972 par l'archevêque de Cracovie, le cardinal Karol Wojtyla, devenu par la suite le pape Jean Paul II. Représentant du Vatican en Bolivie, Wesolowski avait ensuite été en poste dans différents pays d'Asie avant que Benoît XVI ne le nomme en République dominicaine. La presse affirme qu'il a été associé à un autre prêtre polonais, Wojciech Gil, dans des actes de pédophilie commis dans ce pays des Caraïbes.