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Venezuela,  Amérique

Venezuela: un «coup d’Etat» monétaire?

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisFTV | Publié le 02/01/2017 à 09H38, mis à jour le 02/01/2017 à 11H53

A Caracas caissier manipule bolivars monnaie vénézuélienne
A Caracas, un caissier manipule des bolivars, la monnaie vénézuélienne, le 24 février 2015. © REUTERS - Carlos Garcia Rawlins

Le 2 janvier 2017 marque la fin de la circulation des billets de 100 bolivars (0,15 dollar au cours le plus élevé), la coupure la plus utilisée au Venezuela. Annoncée le 11 décembre, la mesure devait initialement prendre effet 72 heures plus tard. Mais son entrée en vigueur a été différée en raison de violentes manifestations. Et de la pénurie de nouveaux billets.


Pour le chef de l’Etat, Nicolas Maduro, la mesure a pour but de «lutter contre les mafias qui font de la contrebande de billets de 100 bolivars». Notamment à la frontière colombienne. Les autorités ont d’ailleurs «multiplié les vidéos et les images montrant d'immenses paquets de billets de 100 bolivars qui ont été récupérés à la frontière», précise RFI. Nicolas Maduro en avait profité pour ordonner la fermeture provisoire des frontières avec les voisins colombien et brésilien.

Dans le même temps, l’impopulaire président avait annoncé que les nouveaux billets avec des montants plus importants (de 500 à 20.000 bolivars) devaient sortir progressivement d’ici fin décembre. Mais ceux-ci n’ont pas été au rendez-vous en raison d’un retard de livraison. Et les banques se sont retrouvées dans l’incapacité de fournir leurs clients, notamment en coupures de 500 bolivars (du nom de Simon Bolivar, héros des luttes d’indépendance en Amérique latine).

Résultat: à quelques jours de Noël, le Venezuela s’est retrouvé en plein chaos monétaire. Dès le 12 décembre, la plupart des commerces refusaient les vieux billets, qui représentaient jusque-là près de 50% des espèces en circulation. De longues files d’attente se sont formées devant les établissements bancaires pour remettre les coupures hors d’usage. Au départ, cette procédure pouvait se faire partout. Mais dès le 16, ces coupures n’étaient plus acceptées que «dans les deux succursales de la banque centrale du pays, à Caracas et Maracaïbo», rapporte Le Monde. Surtout les Vénézuéliens «repartaient frustrés, car les mains vides, en l’absence des nouveaux billets et des nouvelles pièces». Ils se retrouvaient ainsi privés d’argent liquide.

Des manifestations ont alors éclaté à travers le pays. Et des scènes de pillages ont occasionné, notamment dans l'Etat de Bolivar (sud du pays), 286 arrestations, a rapporté le ministre de l’Intérieur. De source officielle, on a annoncé que trois personnes avaient été tuées dans «les actes de violence (…) dans la ville de La Paragua» dans le même Etat. Selon l'opposition, elles seraient au nombre de cinq. 

Des citoyens patientent devant banque à Caracas 13 décembre 2016
Des citoyens patientent devant une banque à Caracas le 13 décembre 2016. © AFP - FEDERICO PARRA

Opposition qui demande l'ouverture d'une enquête sur la «responsabilité» de Nicolas Maduro et de son équipe dans les heurts. «Ce sont les Vénézuéliens qui paient le prix de cette mesure maladroite et improvisée», a dénoncé le porte-parole de la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (centre droit).

«Conspiration»
Face à la colère populaire, le président a dû reculer. Il a différé au 2 janvier le retrait des billets de 100 bolivars, imputant le retard de livraison des nouveaux billets à un sabotage international de «l'empire». L’empire américain, s’entend.

«La conspiration ne serait-elle pas à l'intérieur? N'y aurait-il pas des gens infiltrés qui font des choses pour nuire depuis l'intérieur et servir les intérêts des gringos (Américains)?», a déclaré le président. Selon lui, un «coup d'Etat» monétaire a commencé lorsque l'ordre aurait été donné de renvoyer quatre avions affrétés par le gouvernement pour acheminer au Venezuela  les nouveaux billets.

Mais fort heureusement, un appareil venu de Suède, où ont été fabriquées ces coupures, a livré le 18 décembre «272 caisses contenant chacune 50.000 billets de 500 bolivars», a affirmé un représentant de la banque centrale vénézuélienne à la télévision nationale. En tout, plus de 60 millions de billets de 500 bolivars devraient être mis en circulation. Et quelque 3,5 millions de pièces d'une valeur de 100 bolivars devaient être progressivement mises sur le marché courant décembre pour remplacer les billets de cette même valeur, a précisé la Banque centrale.

Le pays pétrolier, dont les finances se sont effondrées avec la chute des cours du brut, est en pleine tourmente, avec une inflation de 475% en 2016, selon le Fonds monétaire international (FMI). Une inflation parmi les plus fortes au monde. Le 18 décembre, le billet de 100 bolivars permettait «à peine de s’acheter un bonbon», constate Le Monde. Et il en fallait «500 pour avoir un hamburger». Autant d'éléments que l'on trouve «dans un pays très irrégulièrement approvisionné» «les magasins (…) n’offrent guère de choix», précise le quotidien. Sans parler des graves pénuries d'aliments et de médicaments. Selon l'organisation Human Rights Watch, le Venezuela traverse actuellement «une crise humanitaire».

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