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Culture,  Nigeria,  Afrique

Vente record pour un portrait de Tutu, qui serait encore en vie au Nigeria

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 01/03/2018 à 11H43, mis à jour le 01/03/2018 à 14H16

L'écrivain nigérian Ben Okri heureux retrouver «Tutu»
L'écrivain nigérian Ben Okri heureux de retrouver «Tutu» © BEN STANSALL / AFP

Le portrait de la princesse Ife Adetutu Ademiluyi, de l'artiste nigérian Ben Enwonwu, a été vendu aux enchères le 28 février 2018 chez Bonhams à Londres pour 1,36 millions d’euros. Dans le même temps, on a appris que le modèle du peintre, surnommé Tutu, serait toujours vivant. Et habiterait à Lagos, au Nigeria…


La peinture, qu’on a aussi appelée la «Mona Lisa africaine», est une icône au Nigeria. Estimé entre 226.000 à 339.000 euros, ce portrait d’une très jeune femme énigmatique, peint en 1974 par l'artiste nigérian Ben Enwonwu, s'est envolé à quatre fois son estimation la plus haute. Un record pour l'artiste.
 
«Je la considère comme la Mona Lisa africaine», a déclaré à l'AFP le romancier nigérian Ben Okri, lauréat du Booker Prize. «Depuis 40 ans, c'est une peinture légendaire, tout le monde en parle, se demande où est Tutu».
 
Réalisé en trois exemplaires, le tableau avait en effet disparu, volé dans l’appartement du peintre en 1994 avant de réapparaître à Londres fin 2017. Il avait été retrouvé chez des particuliers par Giles Peppiatt, directeur de l’art africain moderne à la maison d’enchères Bonhams, qui l’avait remis dans le circuit.

 
Quelques jours après, un cousin interviewé par le Guardian annonçait que la princesse vivait encore dans la ville-monde de Lagos. Une nouvelle qui a alimenté les débats au Nigeria, pays natal d’Ife Adetutu Ademiluyi.
 
Si elle était en vie, la jeune modèle de l’artiste aurait aujourd’hui une soixantaine d’années. Mais les recherches seront compliquées, car le roi Ife son grand-père avait 37 femmes et des centaines de descendants. Ce qui représente aujourd'hui une famille de milliers personnes. Ainsi, la retrouver dans une ville de 21 millions d’habitants ne sera pas aisé.

Giles Peppiatt n’en est pas encore revenu: «Avoir simplement trouvé la peinture était déjà incroyablement excitant (…) Mais découvrir ensuite que le modèle, Tutu, est encore en vie à Lagos, c’est la cerise sur le gâteau.»
 
Au début des années 70, selon le Guardian, le peintre Ben Enwonwu, «frappé par son long cou et sa beauté gracieuse, a passé six mois à traquer Tutu, puis a dû persuader sa famille de la laisser poser pour lui, quelque chose de très inhabituel pour une femme de haute naissance.»
 
«Le modèle est Yoruba et Ben Enwonwu était Ibo, donc ils étaient issus de différentes ethnies», a expliqué à l'AFP Eliza Sawyer, spécialiste au département d'art africain de Bonhams. Résultat: les tableaux de Tutu sont ainsi «devenus des symboles de paix après la guerre civile au Nigeria à la fin des années 1960».