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Victimes de Boko Haram : des milliers de «morts-vivants» appellent à l'aide

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 16/06/2016 à 16H56

Une femme nigériane en détresse après l'enlèvement sa fille par Boko Haram
Une femme nigériane en détresse le 14 janvier 2016 à Abuja au Nigeria. Sa fille a été kidnappée par Boko Haram. © Photo AFP

Les chiffres donnent le tournis. Rien qu’au Niger, 2.500.000 réfugiés et personnes déplacées vivent dans des conditions précaires. Dans le nord-est du Nigéria, des déplacés fuyant les djihadistes finissent par mourir de faim dans les camps. Aujourd'hui, plus de 9 millions de personnes vivant dans le bassin du lac Tchad manquent de nourriture, selon l’ONU.

 
C’est un cri de détresse qu’a lancé le président du Niger depuis Paris le 14 juin 2016. Mahamadou Issoufou s’adressait à la presse à l’issue d’un entretien avec son homologue français, François Hollande :
 
«Nous faisons actuellement face à une crise humanitaire aiguë. Aujourd’hui, près de 2.500.000 de personnes, réfugiés, déplacés… sont menacées et ont besoin d’aide. J’ai demandé au président le soutien de la France pour la mobilisation de la communauté internationale et la mobilisation des organisations humanitaires afin qu’elle vienne en aide au Niger», a déclaré le président Issoufou.
 
La plus grave crise de déplacés en Afrique
Au terme de sept années de violences islamistes, c’est toute la région du lac Tchad qui est touchée par l'insécurité et les pénuries alimentaires. Les attaques de Boko Haram ont jeté sur les routes plusieurs dizaines de milliers de personnes. Tous les pays riverains du lac Tchad sont concernés : le Nigéria, le Niger, le Cameroun et le Tchad.
 
Selon le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) à Niamey, près de 9,2 millions de personnes, soit la moitié des habitants du bassin du lac Tchad, ont besoin d’assistance, alors que la crise dans cette zone continue de se détériorer.
 

De nombreuses familles nigériennes ont évacués î lac Tchad après avoir été attaquées par Boko Haram

De nombreuses familles évacuées des ïles nigériennes sur le lac Tchad après une attaque de Boko Haram le 25 Mai 2015, Elles ont trouvé refuge à Dosso et ont été prises en charge par le Comité International de la Croix Rouge. © Photo AFP/Issouf Sanogo


«On enterre chaque jour 10 personnes»
Les témoignages abondent sur les conditions précaires dans lesquelles vivent les rescapés qui réussissent à fuir les violences de Boko Haram. Certains finissent par mourir de faim dans les camps qui les accueillent.
 
Le camp de Banki, dans le nord-est du Nigéria accueille 10.000 déplacés. Le deuil y est observé en permanence.
 
«Ils sont entre 10 et 11 par jour à y mourir de faim. Des hommes, des femmes et des enfants. Ce sont des morts vivants. Sans les rations de l’armée, ils ne seraient que quelques-uns à avoir survecu», raconte à l’AFP, un jeune milicien qui combat aux côtés de l’armée nigériane.
 
Le camp entier souffre de faim et d’insécurité alimentaire chronique. «Les gens sont émaciés. Si personne n’intervient, on risque une catastrophe immense», prévient un autre soldat déployé à Banki depuis la libération de la ville par l’armée nigériane.
 
«Un terreau fertile pour le recrutement de djihadistes»
Au Cameroun, les attaques continuelles de Boko Haram ont jeté sur les routes 190.000 personnes qui vivent dans le dénuement le plus total. Ils sont venus s’ajouter aux 60.000 réfugiés venus du Nigeria voisin et aux 300.000 de République centrafricaine. Soit un total de plus de 500.000 déplacés.
 
Selon la coordinatrice humanitaire de l’ONU chargée du Cameroun, la marocaine Najat Rochdi, ce pays est devenu un terreau fertile pour le recrutement de djihadistes.
 
«C’est une crise silencieuse, c’est un vrai danger», a déclaré Mme Rochdi, avertissant que si l’aide humanitaire n’était pas acheminée, le pays risquait d’assister à une radicalisation de ses jeunes : «Si les gens n’ont pas d’espoir, la seule alternative pour eux sera Boko Haram».
 
En raison de l’insécurité, peu d’acteurs humanitaires sont déployés dans les quatre pays touchés par la crise. Selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, des milliers de Nigérians qui ont traversé le lac pour pénétrer au Tchad ne disposent d’aucun abri. La propagation de maladies comme le paludisme et le choléra demeure une grande préoccupation.