Vietnam: une presse sous contrôle

Par Laurent Ribadeau Dumas | Publié le 12/08/2013 à 09H56, mis à jour le 12/08/2013 à 09H56

Vietnam-police
Policier vietnamien dans les rues d'Hanoï, capitale du pays, le 1er juillet 2012. © AFP - Hoang Dinh Nam

Un journaliste d’investigation vietnamien, spécialiste des enquêtes anti-corruption, a été arrêté sous l’accusation… de corruption. Des dizaines de jounalistes et blogueurs se trouveraient actuellement sous les verrous au Vietnam, l’un des pays «les plus répressifs au monde» en matière de presse, selon les organisations des droits de l’homme.

Vo Thanh Tung, 31 ans, qui travaille pour le journal La Loi du département de la Justice de Ho Chi Minh-Ville (ex-Saïgon), aurait été vu recevoir de l'argent du propriétaire d'un bar, a précisé le quotidien Tuoi Tre.

La police a arrêté Tung et fouillé sa maison, confisquant «une matraque, un  taser, des menottes, des ordinateurs, appareils photos et documents», a ajouté Tuoi Tre. Deux pigistes ayant travaillé avec lui ont également été interpellés, selon la même source. Son employeur a confirmé son arrestation dans un court article, sans autre précision.

Le journaliste, régulièrement salué pour son travail d'investigation, avait gagné en juin un prix de la presse de Ho Chi Minh-Ville pour une série d'articles sur des policiers de la circulation acceptant des pots-de-vin de chauffeurs de camions et de bus.

Le Vietnam, où journaux et télévisions sont contrôlés par l'Etat, est classé à la 172e place sur 179 dans le dernier index de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Selon la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), le pays possède «l’un des régimes les plus répressifs au monde» en matière de presse.
 
«Tous les responsables de médias sont nommés par le gouvernement et sont membres du Parti à jour de leur cotisation. Régulièrement, ils doivent assister à des réunions avec des représentants du département central de la Propagande. Ceux-ci établissent les agendas  hebdomadaires (des rédactions, NDLR), (…) une liste prosaïque de rencontres et d’évènements officiels», rapporte un document du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York. «Au cours de ces réunions, qui se déroulent à huis-clos, selon des journalistes locaux, les autorités font une revue de la couverture de la semaine. Elles réprimandent les rédacteurs en chef qui ont autorisé la publication d’informations ou de commentaires considérés comme divergents par rapport à la ligne officielle».

Répression contre la «cyberdissidence»
Quelques journalistes travaillant pour la presse officielle ont tenté ces dernières années de dévier de la ligne officielle dans leurs reportages. Mais ils sont sous constante pression des autorités et risquent la prison s'ils vont trop loin.

En 2012, un collaborateur de Tuoi Tre avait été condamné à quatre ans de prison. Il était accusé d'avoir versé un pot-de-vin à un policier pendant une enquête. En 2008, un reporter avait écopé de deux ans de prison pour avoir couvert une affaire de corruption au ministère des Transports. Un cas alors considéré comme un avertissement à l'ensemble de la profession.
 
Selon le CPJ, 14 journalistes étaient emprisonnés au Vietnam en septembre 2012. La FIDH a identifié «32 blogueurs et cyberdissidents», contre qui la répression s’est intensifiée ces dernières années. Leur faute : «avoir mis en ligne des propos jugés ‘‘subversifs’’ par le gouvernement».

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