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Yémen: l’ex-président Ali Abdallah Saleh prêt à négocier avec l’Arabie Saoudite

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisFTV | Publié le 12/05/2017 à 12H28

Partisan président yéménite Ali Abdallah Saleh
Le portrait du président yéménite déchu, Ali Abdallah Saleh, collé sur le front d'un de ses partisans lors d'une manifestation de soutien au «conseil suprême» formé entre son parti, le Congrès général du peuple, et les Houthis, à Sanaa, le 1er août 2016. © Mohammed Hamoud/Anadolu Agency/AFP

Chassé du pouvoir depuis 2011, l’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh tente de revenir sur scène en se disant ouvert à la négociation avec l’Arabie Saoudite. Une offre qui intervient sur fond de contacts discrets engagés depuis deux semaines entre l’entourage du président déchu et des délégués saoudiens, et au moment où Ryad estime que Saleh est tombé sous la tutelle des Houthis.


Quelque chose est-il en train de bouger au pays de la reine de Saba? Lors d’un meeting de son parti, le Congrès populaire général (CPG), dans la capitale Sanaa sous contrôle de l’insurrection houthie, l’ancien président Ali Abdallah Saleh le laisse en tout entendre.

Ali Abdallah Saleh prêt à dialoguer avec Ryad, sous conditions 
«Nous sommes disposés à aller à Ryad, à Khamis Mushit (au sud du royaume saoudien), à Mascate (Oman), ou ailleurs pour un dialogue et une entente», a clairement annoncé celui qui ne tient son salut que par son alliance avec les rebelles.
 
Rejetant toute médiation de l’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, «nous engagerons le dialogue avec la partie concernée, en l’occurrence l’Arabie Saoudite qui dirige la coalition arabe», a encore précisé le président Saleh.
 
Une ouverture assortie toutefois de certaines conditions. Il récuse toute légitimité à l’actuel président Abd Rabbo Mansour Hadi qui l’a remplacé en février 2012, et propose aux Saoudiens «la mise en place d’une nouvelle direction».
 
Minimisant l’implication au Yémen de l’Iran, accusé de soutenir la rébellion, il évoque une «relation de sympathie (…) mais pas militaire, économique et politique», et souhaite maintenir «une alliance avec Téhéran dans l’intérêt de son pays».

Des contacts discrets entre l'entourage de Saleh et Ryad à Berlin 
La proposition d’Ali Abdallah Saleh intervient au moment où «des contacts non-officiels sont engagés depuis deux semaines à Berlin entre l’entourage de l’ex-président et des délégués saoudiens», selon les révélations d'une source gouvernementale yéménite à l’AFP.
 
Autre signe qu’une entente pourrait être possible entre le président Saleh et le royaume Wahhabite, «la perche tendue par le vice-prince-héritier saoudien Mohammed Ben Salman», selon les médias saoudiens.
 
Dans un entretien à la télévision saoudienne al-Arabia, l’homme fort de Ryad, qui est également ministre de la Défense, a évité de qualifier Ali Abdallah Saleh de président déchu.

Entretien du vice-prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman, à la télévision al-Arabia.

 
«Il a un énorme conflit avec les Houthis, a déclaré Mohamed Ben Salman, nous savons aujourd’hui qu’il est sous la domination et la surveillance des Houthis, et si ce n’était pas le cas sa position serait totalement différente», a-t-il dit.
 
A la question de savoir s’il était possible d’ouvrir des négociations pour isoler la rébellion, le vice-prince héritier a répondu: «Tous les canaux sont ouverts, que ce soit avec les forces loyalistes, avec les forces d’Ali Abdallah Saleh et aux autres forces».
 
Même si elle passe en pertes et profits les au moins 7.700 morts et plus de 25.000 blessés de ce conflit depuis mars 2015, selon le décompte de l’OMS, une solution avec l’ancien président reste très hypothétique.

L'ancien président Saleh prochaine cible des Houthis, selon un politologue saoudien
Selon le politologue saoudien Ahmad al-Shahri interrogé par al-Jazeera, «Ali Abdallah Saleh est aujourd’hui quasi-détenu par ses alliés Houthis. Il aimerait bien se débarrasser de cette alliance avec ses anciens ennemis, mais il ne le peut pas».

 
Pour Ahmad al-Shari, «en tant chef militaire expérimenté, l’ancien président yéménite voit bien que la pression militaire de la coalition est très forte et qu’il n’y a plus d’autre issue que la reddition. Mais les Houthis ne le laisseront pas faire. Il est même devenu la prochaine cible de la rébellion», a-t-il affirmé.