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Zambie: le président Edgar Lungu n'aime pas Pilato ni sa chanson sur les rats...

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 18/05/2018 à 09H39

Le chanteur Pilato lors d'une première arrestation à Lusaka 29 septembre 2017
Le chanteur Chama Fumba, plus connu sous le nom de Pilato, arrêté par la police lors d'une manifestation devant le Parlement zambien à Lusaka, le 29 septembre 2017. © DAWOOD SALIM / AFP

Les autorités zambiennes ont arrêté le 16 mai 2018 le chanteur et militant Chama Fumba à l'aéroport de Lusaka, capitale du pays. Il avait dû fuir le pays après avoir reçu des menaces de membres du parti au pouvoir pour une chanson, intitulée «Un rat est dans le plat». Nombre de Zambiens y avaient vu des accusations de corruption contre le pouvoir…


Chama Fumba, plus connu sous le nom de Pilato, a été arrêté par des policiers en civil à son arrivée en provenance d'Afrique du Sud, après quatre mois passés à l'étranger, selon des témoins. «Il n’a pas été formellement inculpé», a rapporté un communiqué d’Amnesty International.


«Ces rats (qui) veulent des pots-de-vin»
Nombre de Zambiens ont vu dans la chanson Koswe Mumpoto (Un rat dans le plat, en bemba, langue bantoue d’Afrique australe) des accusations de corruption contre le président Edgar Lungu et ses ministres. «Nous devrions être prudents avec ces rats... Ils veulent des pots-de-vin pour tout en cherchant du fromage», selon les paroles de la chanson qui a immédiatement connu le succès, selon le site zambien News Diggers.

La chanson «Koswe Mumpoto»

«Un rat est entré dans la maison et il vole. (…) Son boulot, c’est de voler sans travailler. (…) Demandez aux paysans, ils sont en train de pleurer», rapportent les paroles citées par News Diggers. La chanson se poursuivait en expliquant que le rat exige des commissions sur tous les travaux…

Pour Amnesty, «Pilato est un prisonnier d’opinion, détenu pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression».  Une porte-parole de la police s’est refusée à tout commentaire, précisant que la justice s’occupait de l’affaire.

Ce n’est pas la première fois que Pilato a maille à partir avec le pouvoir.

En avril 2018, un mandat d'arrestation avait été délivré contre Pilato dans une autre affaire. Etant à l'étranger, ce dernier ne s'était pas présenté au tribunal où il aurait dû comparaître. Motif: en 2017, il avait manifesté avec cinq autres activistes devant le Parlement pour dénoncer l'achat de 42 véhicules de pompiers au prix d'un million de dollars chacun. Un coût jugé «exhorbitant» par nombre de Zambiens qui avaient dénoncé le mauvais usage des fonds publics, rapporte Amnesty.

Selon cette source, les six activistes avaient été frappés au cours de leur détention. Ils avaient ensuite été libérés sous caution dans l’attente de leur procès.

Bouteilles de whisky
En 2015, une autre de ses chansons, intitulée A Lungu Anabwela (Un Lungu est venu), racontait l’histoire d’un homme appelé… Lungu. Lequel avait grandi dans un bidonville, était devenu président. Il transportait une valise remplie de bouteilles de whisky et ne savait pas comment faire pour gouverner. Pour le pouvoir, la chanson diffamait Edgar Lungu en l’accusant de boire trop et d’être incompétent.

La chanson «Alungu Anabwela»

Conséquence: le chanteur avait été arrêté après la diffusion. Mais les charges ayant été abandonnées, il avait été libéré.

En janvier 2015, Edgar Lungu, alors ministre de la Défense, avait été élu de justesse pour terminer le mandat de son prédécesseur décédé, Michael Sata. Il avait été réélu en 2016 lors d’un scrutin dont le résultat a été contesté par l’opposition. «La campagne électorale a été marquée par des tensions inédites dans ce pays où les élections se déroulent habituellement dans le calme», rapportait alors Géopolis.

Depuis 2016, il a régulièrement été accusé de répression vis-à-vis des opposants dans un pays à «la forte tradition d’engagement» (Amnesty). Selon le Guardian, Edgar Lungu est malade et doit fréquemment se faire hospitaliser.