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Zimbabwe: la revanche des femmes albinos, minorité stigmatisée en danger

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 20/03/2018 à 14H09

A Harare 16 mars 2018 défilé pour élire première Miss Albinos.
Premier concours de beauté à Harare, le 16 mars 2018, pour élire Miss Albinos.  © JEKESAI NJIKIZANA / AFP

L'élection de la toute première Miss Albinos s'est tenue à Harare le 16 mars 2018. Un concours inédit au Zimbabwe, destiné à lutter contre les préjugés et les violences visant la minorité qui souffre d'albinisme, une maladie génétique, héréditaire, qui affecte la pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux. Quelque 40.000 personnes en sont atteintes sur 16 millions de Zimbabwéens.


Ce jour-là, elles étaient douze jeunes Zimbabwéennes sur le podium d'une discothèque d'Harare à défiler, danser et répondre à des questions diverses. La gagnante de cette compétition inédite, baptisée «La beauté au-delà de la peau», se nomme Sithembiso Mutukura. Repartir avec un panier garni et la somme de 85 dollars ne faisait pas spécialement rêver cette étudiante de 22 ans. 

Elle y a plutôt vu un moyen de donner du poids à sa cause mais surtout un encouragement aux personnes qui, comme elle, souffrent d'albinisme et subissent stigmatisation et rejet des autres depuis leur plus jeune âge. «On dédaigne toujours les personnes avec des handicaps, même à l'école. J'en ai beaucoup bavé, mais je veux que les personnes albinos soient courageuses et persévèrent», témoigne-t- elle. 

Réduire les préjugés associés
«L'objectif de ce concours est d'instiller la confiance parmi les filles albinos au Zimbabwe et de réduire les préjugés associés» à cette maladie, explique l'organisatrice de la soirée, Brenda Mudzimu. «Les personnes albinos sont talentueuses, belles et intelligentes comme n'importe quel autre être humain. La vie m'a appris, en tant qu'albinos, qu'il faut persévérer et survivre.»


«Les personnes albinos ont le droit de vivre et d'être protégées. Elles ne devraient pas être torturées et maltraitées», a souligné pour sa part une représentante du gouvernement zimbabwéen, Tapuwa Muchemwa, invitée d'honneur de la soirée.


Dans des pays voisins comme le Mozambique, le Malawi et la Tanzanie, leur destinée peut virer au drame. Outre que le déficit en mélanine des albinos les expose à un risque de cancer de la peau (responsable de 70% des cas de décès parmi cette population), chaque année, des dizaines d'entre eux sont agressés, tués et mutilés pour concoter des potions magiques censées apporter richesse et chance. «Ce commerce macabre est aussi alimenté par la croyance que les os des albinos contiennent de l’or», selon Amnesty International.

L’ONG canadienne Under The Same Sun (Sous le même soleil) a répertorié 457 attaques (dont 178 meurtres) commises contre des albinos dans 26 pays africains, principalement ces dix dernières années, d'après Le Monde. Mais les données précises sur les albinos sont insuffisantes puisque bon nombre d’entre eux sont contraints de vivre cachés par crainte d’être stigmatisés.

L'exclusion des femmes et des enfants
Certains d'entre eux ont dû fuir leur pays pour échapper aux discriminations et aux humiliations. Avoir un enfant alibnos est souvent une cause de divorce dans un couple. Les parents d'albinos refusent même de les scolariser et leurs mères de les allaiter.

«Nous ne pouvons pas baisser les bras avant d'avoir constaté un changement dans la vie des gens», déclarait une experte de l'ONU lors de la dernière journée internationale de sensibilisation à l'albinisme, le 13 juin 2017. Ikponwosa Ero jugeait alors crucial le plan d'action africain, en 15 étapes, appelant tous les intéressés à persévérer pour s'assurer que toutes les personnes atteintes d'albinisme jouissent de leurs droits humains.

Un signal encourageant pour faire progresser l'intégration et améliorer la sécurité de ces personnes, considérées comme des parias, qui «veulent s’intégrer, se marier, avoir des enfants et mener une vie normale». C'est le message qu'a voulu faire passer, en 2012, Jacquelyn Martin, à travers une série de photos prises au Kabanga Protectorate Center, une sorte de refuge pour enfants albinos, situé dans l’ouest de la Tanzanie.