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Zimbabwe: le retour des fermiers blancs, un geste pour une levée des sanctions?

Par Catherine Le Brech avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 14/12/2017 à 16H46, mis à jour le 14/12/2017 à 17H03

Deon Theron fermier blanc Zimbabwe 27 novembre 2017
Deon Theron dans son usine de traitement du lait, le 27 novembre 2017 à Beatrice, au Zimbabwe. Expulsé de sa ferme en 2008, ce Zimbabwéen pense qu'il ne récupèrera jamais ses terres. Mais il croit que le nouveau gouvernement pourrait encourager les fermiers blancs à jouer un rôle dans la relance du secteur agricole clé du pays.

Ils avaient été expulsés de leurs terres par décision de Robert Mugabe, alors président du Zimbabwe. Ils, ce sont les fermiers blancs auxquels le nouveau ministre de l’Agriculture dans le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa a redonné espoir ce 14 décembre 2017 en ordonnant l’évacuation de leurs fermes occupées illégalement par des proches du parti au pouvoir la Zanu-PF.


Cette nouvelle intervient quelque 20 ans après leur confiscation de force décidée par l'ancien président Robert Mugabe, chassé du pouvoir en novembre 2017, après 37 ans à la tête de l’Etat. «Tous ceux qui se sont ou ont été installés illégalement sur ces terres doivent quitter les lieux», a ainsi déclaré Perence Shiri, le nouveau ministre de l'Agriculture dans le gouvernement Mnangagwa au quotidien The Herald.
 
Les seuls qui seront autorisés à rester sur une exploitation et à y produire sont «les personnes détenant un document officiel attestant de l'occupation des terres ou celles qui (les) ont reçus légalement», a précisé le ministre. Selon Perence Shiri, la raison doit prévaloir pour relancer l'agriculture afin de permettre la reprise de l'économie en difficulté.

Des expulsions violentes début 2000
Au début des années 2000, des milliers de fermiers blancs avaient été violemment expulsés de leurs terres, au profit de fermiers noirs sur ordre de Robert Mugabe. Lequel justifiait sa décision pour corriger les inégalités héritées de la colonisation britannique.
 
Selon Géopolis Afrique, «la loi sur le foncier de 1969 (dans l’ancienne Rhodésie) avait octroyé 15 millions d’hectares de terres agricoles à 6000 fermiers blancs. Alors que 700.000 familles noires (soit plus de 4 millions de personnes) se partageaient 16 millions d’hectares. A l’indépendance, en 1980, 42% des terres étaient toujours détenues par les 6000 fermiers blancs.»
 

Mais cette réforme avait eu pour résultat de voir la production agricole du pays, auparavant florissante, s’effondrer.

Ferme occupée en 2000 à 40 km d'Harare
Ferme occupée de Devonia, dans une zone rurale à environ 40 km à l'est de Harare, le 21 juin 2000.  © Odd Andersen/AFP

Le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a promis de ne pas revenir sur cette mesure, mais a déclaré que son gouvernement donnerait des compensations aux anciens fermiers blancs dont les exploitations avaient été légalement saisies. Des dizaines d’entre eux contestent toujours devant la justice leur expulsion.
 
«Les comportements et actions qui ne se conforment pas» à la Constitution «sont inadmissibles, quelles que soient les circonstances», a conclu Perence Phiri. De quoi rendre espoir à ces fermiers et à tous ceux qui ont quitté le pays pour le Mozambique ou le Nigeria. Et qui pourraient retrouver la route du Zimbabwe.
 
Un appel à la levée des sanctions
Cette annonce du président Emmerson Mnangagwa fait suite à son message aux Occidentaux appelant «à une levée inconditionnelle des sanctions politiques et économiques qui ont paralysé notre développement national».
 
En 2014, l'Union européenne avait mis un terme à ses sanctions contre les dirigeants de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, des membres de l'armée et certaines entreprises publiques. Ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis qui ont maintenu des restrictions contre certains membres du parti, interdits de territoire américain et visés par des sanctions économiques.
 
«Cet isolement n'est pas formidable ou viable et il y a plus à gagner grâce à la solidarité et à des partenariats mutuellement bénéfiques», a conclu Emmerson Mnangagwa. Comme un appel du pied à la communauté internationale pour qui l'élection présidentielle prévue courant 2018 au Zimbabwe sera un test pour l'avenir.