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Zimbabwe : Mnangagwa peut-il faire repartir l’économie ravagée par Mugabe ?

Par Géopolis (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 08/08/2018 à 08H57

Emmerson Mnangagwa lors d'un meeting électoral 28 juillet 2018
Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, lors d'un meeting électoral à Harare le 28 juillet 2018. © JEKESAI NJIKIZANA / AFP

L’économie du Zimbabwe, ravagée par 37 années de dictature Mugabe, peut-elle retrouver son lustre d’antan ? C’est du moins ce qu’espère le président Emmerson Mnangagwa, élu le 30 juillet dernier. Mais rien ne dit que celui qui fut le bras droit du même Mugabe soit à même d’y parvenir… Même si le pays a un potentiel qui attire les investisseurs.

«Le Zimbabwe est ouvert au business», répète sans cesse le président , fraichement élu. Mais attirer des investisseurs dans un pays isolé à l'inflation galopante, aux infrastructures défaillantes et à la sécurité judiciaire chancelante, n'est pas une mince affaire.

«Nous voulons sauter des étapes (leapfrog) et rattraper d'autres pays en développement», a-t-il souligné, le 3 août 2018, lors d'un de ses premiers discours après son élection.
           
Ancien bras droit de Robert Mugabe resté près de 40 ans pouvoir, Mnangagwa est arrivé à la présidence à la faveur d'un coup de force de l'armée en novembre. Mais il veut croire que son élection dès le 1er tour, avec 50,8% des voix, va lui apporter légitimité et confiance au niveau international. Il promet «un nouveau départ» pour «construire un nouveau Zimbabwe pour tous». Cependant, il faudra probablement plus que des mots pour renverser la mauvaise image du pays.
           
D’importants atouts
Au début des années 1980, à l'arrivée de Robert Mugabe à la tête de l'ancienne Rhodésie, le Zimbabwe semblait être un pays prometteur avec une économie stable, des atouts agricoles et des ressources naturelles. Mais la réforme agraire avec l'expropriation des fermiers blancs au début des années 2000 a fait s'écrouler la production agricole. Ce qui n’a pas été compensé par la baisse du chômage escompté. Le reste de l'économie s'est également effondré. La crise est devenue durable avec une inflation incontrôlée qui a conduit à l'impression de billets de banques à douze chiffres...

«Le Zimbabwe a tellement écorné sa réputation ces dernières décennies que peu de gens le prenaient en compte. Mais l'intérêt a toujours été là», estime Robert Besseling, de la société d'intelligence économique Exx Africa.
           
Le sous-sol, avec la deuxième plus grande réserve de platine mondiale mais aussi des diamants ou du charbon, suscite de nombreuses convoitises.
           
L'agriculture, jadis florissante (le pays fut longtemps considéré comme le grenier à blé de l’Afrique australe), peut renaître de ses cendres. Dans le même temps, les entreprises salivent déjà sur les perspectives d'un marché local de 16 millions d'habitants. Récemment, les «vacances» au Zimbabwe du milliardaire chinois Jack Ma, fondateur de Alibaba, ont d'ailleurs fait naître toutes sortes de fantasmes dans la presse étatique. Laquelle y a vu une visite d'affaires et une recherche d'opportunités...

Chômage impressionnant
Le Zimbabwe peut devenir «un pays avec une classe moyenne haut de gamme» dans une dizaine d'années, estime Hafez Ghanem, vice-président pour l'Afrique de la Banque mondiale.
Toutefois, beaucoup d'investisseurs, rendus frileux par les méfaits de la présidence Mugabe, sont toujours refroidis par les problèmes économiques et politiques.
           

Dans campagne près Harare capitale Zimbabwe...
Dans la campagne près de Harare, capitale du Zimbabwe... © REUTERS/Siphiwe Sibeko

De son côté, Emmerson Mnangagwa, malgré son insistance à dire que la page est tournée, reste associé à l'ancien régime et ses dérives: corruption, partialité de la justice, bureaucratie, infrastructures vieillissantes ou obsolètes...

Des millions de Zimbabwéens ont fui un pays où le chômage officiel avoisine 90% (des chiffres qui ne prennent pas en compte le secteur informel).  

Charles Laurie, de la firme de consultants d’origine britannique Verisk Maplecroft, souligne toutefois que M. Mnangagwa s'est montré plutôt bon, ces derniers mois, dans ses efforts pour séduire la communauté internationale et les investisseurs. Il a ainsi revu la loi obligeant les entreprises étrangères à céder au moins 51% de leurs parts à des locaux et offert des compensations aux fermiers blancs expropriés. Des gages de bonne volonté évidents.

Néanmoins, la répression policière des derniers jours avec la mort d'au moins six personnes et de nombreuses arrestations rappellent par trop l'ancien régime. «Ce rapide retour à l'utilisation de la violence peut ébranler des investisseurs qui avaient déjà une confiance limitée en Mnangagwa et cherchaient son vrai visage», nuance Charles Laurie.
           
Solvable ou pas solvable ?
Le président doit faire face à d'importants problèmes de trésorerie: en raison d'arriérés de 1,7 milliard de dollars vis-à-vis de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement, le pays n'a plus accès aux bailleurs de fonds qui attendent qu'ils paient ses dettes. Dans le même temps, les grandes entreprises qui s’intéressent aux marchés publics (BTP, eau, électricité) savent que le client n'est pas forcément solvable.
           
D’une manière générale, le problème de la monnaie semble être un obstacle considérable sur la voie du redressement économique. Le pays a tenté de juguler l'hyperinflation avec le recours au dollar en 2009. Il jongle désormais avec des «billets d'obligation», en théorie d’une valeur similaire à celle du billet vert. Ils ont cependant donné naissance à un marché noir où il vaut un tiers de moins.

«Pour des investisseurs attentifs aux risques, les pays voisins proposent un environnement plus sûr et plus attractif», estime Charles Laurie. Mais l’expert reste optimiste: «Etant donné, le gros potentiel, on verra de grands succès à l'horizon 2028». Wait and see…