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Au Tchad, pour dénoncer la corruption, composez le 700

Par Véronique le Jeune@GeopolisAfrique | Publié le 17/01/2018 à 15H28

Un douanier tchadien à frontière avec Cameroun avril 2015
Un douanier tchadien à la frontière avec le Cameroun, près de N'Djamena (avril 2015). © Philippe DESMAZES / AFP

Le numéro vert, mis en place par le ministère des Finances et du Budget, est destiné à recevoir aussi bien les appels d'acteurs économiques que ceux de simples citoyens désireux de «dénoncer tout agent indélicat qui chercherait à se faire corrompre dans le cadre de la délivrance d'un papier administratif ou le paiement d'une taxe». Pour ne plus «perdre» de recettes, l'Etat ne néglige aucune piste.


Aux yeux des autorités de N'Djamena, l'initiative, offrant la possibilité de dénoncer toute «tentative d'arnaque ou de corruption», «s'inscrit dans le cadre de l'assainissement des finances publiques pour lutter contre le détournement de fonds générés par les différentes régies financières».

Autrement dit, tout doit être tenté si l'on veut que l'argent public reste dans les caisses de l'Etat.

Opération «zéro déperdition»
Pour appuyer sa démarche, le gouvernement tchadien fait appel à la garde présidentielle afin de sécuriser les recettes douanières. Une opération dénommée «zéro déperdition» où pas moins de 500 membres de cette garde vont contrôler toutes les opérations aux frontières, afin de réduire les détournements d'argent.

«Il est inadmissible qu'un pays comme le Tchad n'enregistre que 100 milliards de nos FCFA de recettes douanières par an», a regretté Abdoulaye Fadoul Sabre, le ministre des Finances et du Budget, lors de la présentation du dispositif.

Et d'encourager intermédiaires et commerçants à contacter le numéro vert 700 en cas de besoin.

Le reportage à N'Djamena d'Africa 24.

«Regardez les pays comme le Mali, le Niger ou le Burkina»
Selon le ministre, il suffit aussi de comparer avec des pays à la situation similaire pour se convaincre que la lutte contre la corruption et sa dénonciation sont la clé d'une vie meilleure au Tchad.

«Regardez les pays comme le Mali, le Niger ou le Burkina, ce sont tous des pays enclavés comme le Tchad. Mais ils font plus de 300 ou 400 milliards de francs CFA de recettes douanières. C'est simplement parce que dans ces pays, les recettes douanières vont au Trésor public et non dans les poches des individus», insiste-t-il. 
 
Depuis 2014 et la chute des cours du pétrole, le Tchad fait face à une grave crise économique et financière qui s'est traduite par un assèchement des caisses de l'Etat. Le FMI fait pression sur le pays pour qu'il réduise son train de vie et engage une cure d'austérité.

Un système de corruption bien ancré
Limiter le recours aux crédits, voilà le but ultime des autorités.

Cependant, les autorités tchadiennes n'en sont pas à leur première tentative. En 2012, était lancée l'opération Cobra contre l'enrichissement illicite, laquelle, après des débuts prometteurs, a fait pschitt.

Pas sûr que le numéro vert mis en avant en janvier 2018 suffise à assainir un système de détournement de fonds et de corruption bien ancré dans les habitudes.