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Chine,  Asie-Pacifique

Chine : La lutte contre la corruption attaque tous azimuts, quel que soit le poste occupé

Par Frédérique Harrus@GeopolisAfrique | Publié le 07/07/2014 à 17H29, mis à jour le 08/07/2014 à 11H33

Xu Caihou
Pékin (Chine) mars 2012. Général Xu Caihou alors vice-président de la commission militaire centrale © RI XI / IMAGINECHINA

La lutte contre la corruption est régulièrement évoquée en Chine. Mais longtemps elle ne fut que le moyen pour une faction d'en éliminer une autre. Xi Jinping, le président chinois, a décidé, lui, de taper fort. Les têtes tombent, et pas des moindres, la population commence à y croire un peu.

Jusqu'ici, la lutte contre la corruption en Chine était ponctuelle et ciblée. Elle a même souvent été un moyen de discréditer et d'écarter des rivaux, comme dans une cour royale des temps anciens. Tous les ans, la Commission nationale des comptes (CNC) de Chine audite la mise en application du budget central. Puis publie un rapport où sont signalées les violations les plus graves à cette application. Ainsi, en 2013, la CNC signale 314 cas graves qui sont souvent le fait de groupes et impliquent donc 1100 personnes. Autre constat: 23 départements ont dépensé 13 millions de yuans (1.540.000 €) en réceptions. Selon le rapport, 34 départements, dont la Commission nationale de la Santé et de la Planification familiale ont créé des comptes secrets, y déposant au total 194 millions de yuans (22.9 millions d'euros).

Mais, récemment, le président chinois, Xi Jinping, a fait de la corruption une de ses  priorités et les têtes tombent. Plusieurs types de délinquants financiers sont dans le collimateur à commencer par les «fonctionnaires nus».

Les fonctionnaires nus
Ce sont des employés de la fonction publique de niveau intermédiaire dont l'épouse ou les enfants (voire tout le monde) ont obtenu le statut de résident, ou mieux, de citoyen à part entière à l'étranger. Le fonctionnaire restant seul sur le territoire chinois à travailler. Après diverses enquêtes émerge un florilège de cas de ce type et toutes les provinces sont concernées. Ainsi Zhang Shuguang, ancien ingénieur en chef adjoint du ministère des Chemins de fer chinois, dont la femme et la fille avaient émigré aux Etats-Unis, avait acquis une superbe maison dans le Comté de Los Angeles. Il est accusé d'avoir touché 47.6 millions de yuans (presque 6 millions d'euros) et est en attente de son procès. 

Les autorités de la seule province du Guangdong ont arrêté pas loin de 1000 fonctionnaires. Plusieurs d'entre eux s'engageant à rapatrier leur famille de l'étranger, d'autres au contraire les y rejoignant en prenant la fuite. Ces manquements sont le reflet d'un changement profond de la société chinoise, parce qu'aussi générationel.

A côté d'une corruption «traditionnelle» où l'on favorisait promotions et achats de postes à coup de pots-de-vin, le régime a vu surgir depuis quelques années une nouvelle caste sociale. Elle est constituée par «des fils et filles de révolutionnaires maoïstes dont la modernité manifestement tout occidentale s'ancre néanmoins dans des pratiques sociales et politiques traditionnelles» relate Philosophie magazine citant  la sinologue Thi Minh-Hoang Ngo dans la revue Le Débat. Cette nouvelle caste corrompue, sans foi, ni loi, mélange les genres en étant, par exemple, à la fois cadre du parti et entrepreneur, pour un profit strictement personnel. Dans l'armée, où la corruption est endémique, on a ainsi vu apparaître des voitures de luxe, des résidences somptueuses, des grands propriétaires immobilier voire, des bases militaires transformées en sites touristiques !

Reprise en main de l'armée
Une des dernières «victimes» à être tombée est le général Xu Caihou, l'ex-numéro deux de l'Armée populaire de libération. Xi Jinping en limogeant le responsable le plus élevé dans la hiérarchie commmuniste, fait coup double: il montre sa volonté de combattre la corruption d'où qu'elle vienne, mais dans le même temps il reprend la main sur l'armée qui avait une fâcheuse tendance à se sentir en autonomie. 

La dernière refonte de l'armée remonte à 1985 avec Deng Xiaoping. Xi Jinping est en passe de réussir la sienne. Il entend donner à la marine et l'armée de l'air le même poids que l'armée de terre et réduire le rôle de celle-ci en la décapitant au plus haut niveau.
La population, devant ces arrestations, ces limogeages et ces procès dans beaucoup de provinces, commence à croire à la fin de l'impunité de cette corruption généralisée de l'appareil communiste.