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Société,  Tunisie,  Afrique

Des milliers d'ingénieurs et de médecins en Europe: la Tunisie perd ses cerveaux

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 15/10/2018 à 15H09

Intervention chirurgicale à Tunis
Intervention chirurgicale à Tunis © BURGER / Phanie

Un chiffre donné par le journal en ligne «Middleeasteye» inquiète la Tunisie. Depuis la révolution en 2011, quelque 10.000 ingénieurs et 5.000 enseignants universitaires auraient quitté le pays. Il faut aussi ajouter le départ de quelque 800 médecins depuis 2018 pour donner une image complète du phénomène.


Les chiffres donnés par le média en ligne vient du Conseil de l’ordre des ingénieurs tunisiens qui a annoncé «que pas moins de 10.000 ingénieurs ont émigré hors du pays, fuyant les conditions catastrophiques de travail dans lesquelles ils évoluaient en Tunisie». Argument numéro un: le niveau des rémunérations.

«Ces chiffres nous préoccupent car d’habitude, le solde migratoire annuel stagne à environ 20.000 départs, dont 25% sont des diplômés du supérieur. Là, il y a bien une augmentation», constate Khalil Amiri, secrétaire d’Etat tunisien auprès du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, cité par Middleasteye. «La majorité des ingénieurs, très demandés sur le marché européen, mettent en avant la valorisation du salaire, multiplié par deux ou par quatre, selon le statut. Les médecins évoquent un ras-le-bol face à une infrastructure défaillante, en particulier les hôpitaux publics, qui pousse les jeunes médecins à aller faire leur spécialité ailleurs juste après leur internat», note le site.

Perte de 95.000 «compétences tunisiennes», selon l'OCDE
L’ampleur du phénomène semble confirmé par l’OCDE qui évoque 95.000 «compétences tunisiennes» qui ont choisi de quitter leur pays depuis la révolution. Elles sont, pour la plupart, des chercheurs, des hommes d’affaires, des médecins et des universitaires.

«D’après la même source, 7% seulement des étudiants en médecine qui partent à l’étranger reviennent en Tunisie. Il n’y a pas que les étudiants en médecine qui rêvent de l’émigration. 8.000 cadres, 1.200 hommes d’affaires, 1.464 professeurs ont déjà quitté le pays en 2014-2015. Les motifs de cette fuite des cerveaux sont essentiellement d’ordre matériel», précise Africanmanager qui précise que ces migrants qualifiés sont payés 5 à 10 fois mieux à l’étranger. 

Cette perte pour le pays, qui a financé les études, n’est pas finie. Dernier exemple en date, selon le site tunisienumerique, l’Allemagne veut recruter 130.000 médecins et infirmiers tunisiens...