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Haschich : la guerre des mots entre l’Algérie et le Maroc

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 21/01/2018 à 14H51, mis à jour le 21/01/2018 à 16H49

Cannabis
Plant de cannabis © ROBYN BECK / AFP

Une nouvelle fois, les autorités algériennes ont pointé du doigt, le 20 janvier 2018, le Maroc pour les flux de haschisch arrivant dans leur pays. Des centaines de kilos de résine de cannabis y sont saisis chaque semaine.


«Concernant la question du Maroc et de la drogue, ce n'est pas un commentaire venant de moi (...). Tout le monde sait d’où vient le haschisch en Afrique du Nord. Il ne vient pas d'Afghanistan, c’est trop loin», a déclaré Ahmed Ouyahia lors d'une conférence de presse après une réunion du conseil national de son parti, le Rassemblement national démocratique.

Il répondait à une question sur les propos qu'il avait tenus le 18 janvier dans lesquels il avait condamné, «tous ceux qui de l'extérieur tentent de noyer l'Algérie sous un énorme flux de haschisch et de cocaïne». Sans citer nommément le Maroc.

Selon le Premier ministre, les forces algériennes de sécurité saisissent «au moins une fois par semaine des quintaux de drogue» (un quintal fait 100 kg) en provenance du Maroc.

Ahmed Ouyahia a déploré la situation des jeunes Algériens en proie à la toxicomanie. «La drogue se trouve dans les lycées et dans les stades», a-t-il dit. «Si la décision me revenait, j'appliquerais la peine de mort contre les trafiquants de drogue, pas ceux qui la vendent au gramme, mais ceux qui la font rentrer» dans le pays, a ajouté le chef du gouvernement.

Officiellement fermée depuis 1994, la longue frontière (quelque 1500 km) entre le Maroc et l'Algérie est réputée pour être le théâtre de la contrebande. Entre 2010 et 2016, plus de 500 tonnes de résine de cannabis ont été saisies par les autorités algériennes, dixit un bilan officiel. Pour la seule année 2017, ce sont près de 50 tonnes de résine de cannabis qui ont été confisquées, rapporte le ministère de la Défense.

Selon le rapport 2016 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), le Maroc et l’Afghanistan sont les premiers producteurs mondiaux de résine de cannabis. Tandis que le royaume chérifien est le principal exportateur de résine de cannabis en Europe, révèle le rapport 2017 de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies.

Relations difficiles
Les deux pays entretiennent des relations difficiles notamment autour du Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole en grande partie sous le contrôle du Maroc qui la considère comme partie intégrante de son territoire. Le mouvement indépendantiste du Front Polisario en réclame l'indépendance avec l'appui de l'Algérie.

En octobre, le Maroc avait rappelé son ambassadeur à Alger en réaction à des déclarations du chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, accusant des entreprises marocaines de «blanchir l'argent du haschisch» en Afrique.
 
Le ministre avait aussi expliqué que «la Royal Air Maroc (la compagnie publique marocaine, NDLR) transporte autre chose que des passagers, et cela tout le monde le sait». Sous-entendu: des produits stupéfiants… La RAM en avait alors profité pour faire une campagne sur les réseaux sociaux, à la suite de la qualification des joueurs marocains (les «lions de l’Atlas») pour le Mondial de foot 2018 en Russie, en se moquant de l’Algérie, éliminée, sur le thème: «Effectivement, nous ne transportons pas que des passagers… nous transportons aussi nos lions en Russie!»

Nous laisserons le mots de la fin à Dilem, caricaturiste du journal algérien La Liberté, revenant sur un rapport de l’ONG Freedom House, selon lequel le Maroc est un pays «partiellement libre» et l’Algérie un pays «non libre»

Caricature Dilem en date 20 janvier 2017 dans journal La Liberté

Caricature de Dilem en date du 20 janvier 2017 dans le journal algérien La Liberté © Capture d'écran du site de La Liberté