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La Tunisie criminalise la discrimination raciale

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 10/10/2018 à 16H18, mis à jour le 10/10/2018 à 16H18

Parlement tunisien
Les députés tunisiens lors de la session de l'Assemblée des représentants du peuple (Parlement) pour le vote de confiance à Hisham al-Furati nommé ministre de l'intérieur, le 28 juillet 2018. © Yassine Gaidi/AGENCE ANADOLU/AFP

Grand bond en avant pour la Tunisie! L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a voté pour la première fois, le 9 octobre 2018, une loi criminalisant toute forme de discrimination raciale. Un tournant très important selon les défenseurs des minorités qui affirment vouloir veiller à la bonne application de la nouvelle loi.


Par 125 voix pour, une contre et cinq abstentions, le parlement tunisien a adopté dans son intégralité un projet de loi portant sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
 
Des peines allant de un à trois ans de prison 
L’article 2 définit précisément la discrimination comme «toute distinction, exclusion, restriction ou préférence basée sur la race, la couleur, l’origine, l’ascendance ou toute autre forme de discrimination raciale admise par les standards internationaux (...) et qui a pour but l’obstruction, l’entrave, ou la privation des droits et des libertés ou leurs exercices, sur la base de l’égalité, ou qui entraînent des devoirs et des charges supplémentaires.»
 
Toujours selon le texte, le premier du genre dans la loi tunisienne, «l’incitation à la haine, la violence et la ségrégation raciale» ainsi que la diffusion d’idées racistes, l’apologie d’actes racistes ou la création, l’appartenance ou la participation à un groupe raciste, seront désormais punis par la loi.

Tous les contrevenants sont passibles d’une peine allant de un à trois ans de prison et d’une amende de 1000 à 3000 dinars (de 300 à 1000 euros). Celle-ci peut monter à 15.000 dinars (5000 euros) pour les personnes morales, c'est-à-dire les corporations ou établissements régis par le droit public.
 
Réclamé de longue date par les associations de défense des minorités, ce vote a été qualifié de «tournant très important dans l’histoire de la Tunisie, équivalent à l’abolition de l’esclavage» par Messaoud Romdhani, le président du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux.
 
Veiller à la bonne application de la nouvelle loi
«C'est un pas de géant, a-t-il dit, mais il reste beaucoup à faire pour concrétiser cette loi dans une société où il y a du racisme envers les 10% de Tunisiens noirs et les Africains subsahariens, qui souffrent d'insultes et d'attaques parfois violentes»«Il s'agit de punir, mais aussi de transmettre le respect par l'éducation notamment», a-t-il ajouté.
 
Même souci pour l’Association tunisienne de soutien aux minorités. Elle voit dans ce vote «un moment historique» dans le pays où l’esclavage a été aboli en 1846, mais affirme vouloir rester vigilante sur une bonne application de la loi.   

 

Publiée par Yamina Thabet sur Mardi 9 octobre 2018

Dans une vidéo postée sur son compte facebook, la présidente de cette association Yamina Thabet a exprimé sa joie et sa fierté. «Cette loi va changer beaucoup de choses dans la lutte contre le racisme en Tunisie, a-t-elle dit. On nous a pris pour des fous il y a sept ans en nous disant que le racisme n’existait pas en Tunisie. Mais on l’a fait! La loi a été votée!»
 

Des associations se font régulièrement l'écho d'agressions visant des personnes en raison de leur couleur de peau. En août 2018, une Ivoirienne qui avait réagi à des insultes à Tunis avait été violemment frappée. L'épisode a semé la peur parmi les nombreux Ivoiriens de son quartier.