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Maroc : une loi pour lutter contre les violences subies par les femmes

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 16/02/2018 à 16H16

Femmes marocaines dans médina Chefchaouen nord-ouest Maroc
Femmes marocaines dans la médina de Chefchaouen (nord-ouest du Maroc) © AFP / MANUEL COHEN / MCOHEN

Après des années de vifs débats, la Chambre des représentants marocaine (Parlement) a définitivement adopté le 14 février 2018 une loi contre les violences faites aux femmes, discutée depuis cinq ans. De leur côté, les mouvements féministes l’ont jugée insuffisante, notant que le texte ne réprime pas le viol conjugal.

«Grâce à Dieu !», s'est félicitée sur sa page Facebook la ministre marocaine de la Famille, de la femme et de la solidarité, Bassima Hakkaoui. Laquelle est issue du Parti justice et développement (PJD, islamiste) qui conduit la coalition gouvernementale.  

Le compte Facebook ministre Bassima Hakkaoui
Le compte Facebook de la la ministre marocaine de la Famille, de la femme et de la solidarité, Bassima Hakkaoui. © DR (capture d'écran)



Les discussions sur le texte avaient débuté en 2013.

La loi incrimine pour la première fois «certains actes considérés comme des formes de harcèlement, d'agression, d'exploitation sexuelle ou de mauvais traitement», selon une note du ministère de la Famille. Elle durcit également les sanctions dans certains cas et prévoit des «mécanismes pour prendre en charge les femmes victimes» de violences. 

Le texte «permettra au Maroc de disposer d'un texte juridique de référence et cohérent susceptible de garantir une meilleure protection des femmes contre toutes formes de violence», a estimé pour sa part l'agence de presse officielle MapExpress.

Le viol conjugal n’est pas puni
«Le texte ne prend pas en compte les définitions internationales en matière de violences à l'égard des femmes. Le viol conjugal n'est, par exemple, pas puni», a réagi Nouzha Skalli, militante pour l'égalité des sexes et ex-ministre en charge des Droits des femmes. «Cette loi ne modifie que quelques articles du code pénal, alors que celui-ci reste fondamentalement basé sur des concepts obsolètes, comme l'atteinte à la pudeur publique ou la pénalisation des relations sexuelles hors mariage», a-t-elle poursuivi. Mme Skalli a aussi regretté «l'absence d'un esprit de consensus» dans l'élaboration du texte.  

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) a également regretté l'impunité du viol conjugal. Il s’est dit «consterné par la persistance au sein du Parlement de mentalités rétrogrades et misogynes».

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Le fléau de la violence contre les femmes
Au Maroc, médias et ONG tirent régulièrement la sonnette d'alarme sur le fléau de la violence subie par les femmes. En particulier le harcèlement dont elles sont victimes dans l'espace public.

Dans un pays qui se veut, selon le discours officiel, chantre d'un islam tolérant et où les femmes n'ont pas l'obligation de porter le voile, marcher seule dans la rue relève parfois du parcours de la combattante: remarques désobligeantes et insultes y sont fréquentes. Autre signe de raidissement social, les femmes en maillot de bain sont de plus en plus rares sur les plages du royaume.

Ces dernières années, plusieurs cas d'agressions ont défrayé la chronique. Le sujet avait été remis au cœur du débat en août 2017 avec une vidéo montrant une agression sexuelle collective contre une jeune femme dans un bus de Casablanca. Le gouvernement avait alors promis une «stratégie» pour lutter contre ce fléau.

Selon une récente enquête publiée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), l'organisme statistique marocain, 40,6% des femmes en milieu urbain âgées de 18 à 64 ans, ont déclaré avoir été «victimes au moins une fois d'un acte de violence». Les lieux publics sont les endroits où la violence à l'égard des femmes est la plus manifeste, aux dires d’une étude de l'Observatoire national de la violence faite aux femmes.