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Ouganda: Bobi Wine, le chanteur qui empoisonne le président Museveni

Par Géopolis (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 21/08/2018 à 16H42

Robert Kyagulanyi plus connu sous nom Bobi Wine
Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, avait été arrêté mardi 14 août 2018 à Arua © ISAAC KASAMANI / AFP

L’ancien chanteur bling-bling Bobi Wine est devenue la bête noire du président Yoweri Museveni. Arrêté le 14 août 2018 pour possession d’armes, il a été inculpé par un tribunal militaire. Ses partisans n’ont pas hésité à descendre dans la rue à Kampala pour exiger sa libération. L’artiste, devenu député, s’est imposé comme un porte-parole de la jeunesse ougandaise.


Des quartiers de la capitale ougandaise, Kampala, ont été bouclés pendant quelques heures le 20 août par la police et l'armée, qui ont utilisé gaz lacrymogènes et tirs à balles réelles pour disperser des manifestants venus protester contre l'arrestation de Bobi Wine.
 
Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, avait été arrêté mardi 14 août à Arua (nord-ouest), où il était venu soutenir le candidat de son parti à une élection législative partielle. Selon la police, deux armes à feu avaient été retrouvées dans sa chambre d'un hôtel à Arua (nord-ouest). La possession illégale d'arme à feu est un délit passible de comparution devant de la justice militaire selon la loi ougandaise.
 
L'arrestation de Bobi Wine faisait suite à un incident à Arua, au cours duquel des partisans de l'opposition avaient jeté des pierres sur le convoi du président Museveni, venu soutenir le candidat de son camp à l'élection partielle. Dans la confusion qui avait suivi, la police avait tiré à balles réelles pour disperser la foule, tuant le chauffeur de Bobi Wine. «La police a abattu mon chauffeur en pensant m'avoir abattu», a-t-il écrit sur Twitter. Il a posté la photographie d'un homme en sang, effondré sur le volant d'une voiture.

Procès politique, torture, fake news
Pour ses proches, c’est un procès politique. Son épouse Barbie Kyagulanyi a dénoncé un coup monté: «Bobi s'est toujours tenu à l'écart des armes, et donc ça a été une surprise quand les forces de sécurité ont prétendu qu'elles en avaient trouvé deux dans sa chambre d'hôtel. Tout ceci est un montage des militaires. Bobi n'a jamais possédé d'arme».
 
De son côté, l'avocat du chanteur, Asuman Basalirwa, a affirmé que son client, âgé de 36 ans, avait été frappé pendant sa garde à vue. «Il avait des bleus au visage quand il est apparu devant le tribunal militaire (le 16 août). Il pouvait à peine parler ou marcher. Il était assisté (pour se déplacer) et même la posture assise était problématique, ce qui indique qu'il a été torturé», a déclaré Me Basalirwa.
 
Le porte-parole de l'armée, le général Richard Karemire, a réfuté les allégations de torture, expliquant que, si blessures il y avait, elles devaient avoir été causées par «les échauffourées» au moment de son arrestation.

Le président Museveni a contre-attaqué dans un communiqué le week-en des 18 et 19 août, en qualifiant les accusations des proches de Bobi Wine de «fake news» (fausses informations), et en accusant le député de «terrorisme» destiné à intimider les électeurs du parti au pouvoir.
 
Yoweri  Museveni, âgé de 74 ans et au pouvoir depuis 1986, a récemment fait supprimer la limite d'âge pour être candidat à la présidentielle, se donnant la possibilité de se représenter en 2021.